dimanche 8 juillet 2007

Ô temps, suspend mon blog...

Voilà, le voyage est fini. Plus de 3 semaines que je n'ai rien écrit dans ce blog, ça doit vouloir dire qu'il est temps de passer à autre chose....
J'ai pris beaucoup de plaisir à communiquer avec vous pendant ce long voyage et ces longues haltes sous les tropiques; la route et le dépaysement m'ont fourni une matière abondante et facile à partager, et je l'ai fait avec joie, alimenté par vos encouragements aussi chaleureux que nombreux. Ce voyage est maintenant terminé; j'ai eu beaucoup de difficultés à changer le sens de ce blog pour l'adapter à ma nouvelle "sédentarité", et je n'y suis pas parvenu. J'ai fini par me dire qu'il valait mieux arrêter là pour le moment.
Je continue cependant à écrire, pour moi, sans autre but que de garder la main pour le jour où nous reprendrons cette correspondance, peut-être bientôt, qui sait?
Je suis à Montréal depuis 2 semaines, je ne sais pas encore pour combien de temps. C'est sûr que je pourrai vous voir toutes et tous avant mon départ et j'ai vraiment hâte de le faire. Je vous donnerai de vive voix (C'est bien mieux, on pourra boire ensemble) des nouvelles de Charlatane, du "Cojito" et de tout ce qui a occupé ma vie ces derniers mois.

À très bientôt donc.

vendredi 1 juin 2007

Rappelle-toi Barbara

Voici une photo d'ensemble de la façade de la maison. Compte tenu de l'abondance de la végétation dans le parc qui l'environne, elle est très difficile à photographier, mais vous voyez l'idée. Si vous l'agrandissez en cliquant dessus, vous allez même pouvoir distinguer quelques mangues en attente de leur victime. L'arbre de droite est un avocassier; ses fruits sont gros comme des ballons de football!
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Trente six heures de pluie sans discontinuer! Une pluie riche, dense, torrentielle et chaude, tropicale pour tout dire a transformé les rues de Managua en torrents impétueux, et les bas quartiers en lacs, inondant comme d'habitude les taudis de la ville. Trente six heures, et le soleil est apparu, ce matin, et c'est comme s'il n'avait jamais plu. Barbara, la première tempête tropicale vient de frapper dur, et encore, il semble qu'elle nous a seulement frôlés.





Chers amis et chères admiratrices, s'il m'en reste encore(?), voilà déjà presque deux semaines que j'ai écrit les lignes qui précèdent; le chantier que je dirige s'est intensifié à un point tel que j'ai perdu toute envie d'écrire. Mon esprit était totalement dédié à la fin de ces interminables travaux. Heureusement, c'est fini; il reste encore des petits détails, il en restera toujours, mais je peux désormais en profiter en paix pour les deux semaines qu'il me reste à passer ici. Finalement, ça aura fait un drôle de séjour; c'est vrai que j'étais revenu exprès pour superviser les travaux de rénovation, mais je pensais disposer de plus de liberté pour vadrouiller dans ce pays que je connais encore mal. Au lieu de ça, j'ai dû passer la plupart de mes journées à la maison, avec jusqu'à 18 ouvriers à la fois. Alors j'ai lu comme je n'avais pas lu depuis longtemps; j'ai retrouvé ce plaisir que j'avais perdu depuis longtemps, obsédé que j'étais par mon travail et par l'usage efficient de mes journées.
J'ai lu donc des tas de livres parmi ceux que nous avons apportés ici; des livres policiers ou d'action principalement, du genre qu'on lit dans la journée, juste comme une mise en train, comme une gymnastique. Je suis aussi tombé sous le charme de "Les piliers de la terre" de Ken Follet; vous l'avez certainement lu depuis longtemps, cultivés comme vous êtes.... Moi je le découvrais parce qu'il était là, a portée de la main. Je l'ai aimé d'autant plus que je me suis identifié au personnage central de ce roman qui est, comme vous le savez, Prieur d'une abbaye de l'ordre de St-Benoit. Non pas que je sois tombé en religion, rassurez-vous, mais à force de me faire appeler "Don Pierre" à longueur de jour par cette foule qui s'agite autour de moi, qui dépend de moi en quelque sorte, l'amalgame est devenu facile.
Les travaux sont finis donc, et je ne vous en parlerai plus. La maison est magnifique et il ne vous reste plus qu'à venir la voir. Je vais désormais pouvoir me consacrer à autre chose, et principalement en profiter enfin, sans tous ces étrangers culpabilisants autour de moi. Je vous l'ai déjà dit; le Nicaragua est un pays pauvre. Le salaire minimum vient d'être augmenté de 18% par les sandinistes, et il se situe désormais à environ 80$ PAR MOIS! Les ouvriers qui travaillaient pour nous gagnaient environ 15$ par jour ce qui est près de quatre fois le salaire minimum. Malgré ça, je me suis toujours senti honteux de leur donner si peu. Tenez, l'autre jour je suis arrivé avec 5 ventilateurs de plafond à 80$ chaque; 5 familles auraient pu vivre un mois avec ce qu'ils m'ont coûté. Les employés m'ont aidé à décharger mes boites et je les sentais compter avec moi. Je sais, ce n'est pas de ma faute s'ils sont nés ici et non pas un peu plus au nord, là où nous avons eu la chance de naître. À nous de voir non pas si, mais comment nous pouvons partager la chance que nous avons eue à la loterie de la vie.
Voilà que je deviens sentencieux et ennuyant; il est temps que je revienne à la maison; ne reste plus que de savoir où elle est.

vendredi 18 mai 2007

La mousson


Voilà de quoi notre ciel avait l'air lors du premier orage de cette saison des pluies. Non, la photo n'est pas de moi, je l'ai piquée sur internet -libre de droits- pour vous montrer vraiment de quoi ça avait l'air. J'étais trop occupé à rassurer notre veilleur de nuit pour prendre des photos... C'est aussi ce soir là que j'ai appris que nous avons un gardien qui a peur du noir! Leticia et Emer on bien ri quand j'ai voulu -discrètement- le vérifier auprès d'eux; ils le savent depuis le début que nous avons un protecteur pissou!!!




Je suis totalement mortifié; je m'étais pourtant bien promis de me plier à une régularité de métronome pour publier mon petit mot afin de vous permettre de suivre l'épopée des rénovations de la maison. Hélas, j'ai succombé sous la pression. Trop de monde, trop de choses, trop d'événements imprévus, et pas assez de cette sérénité dont j'ai tant besoin pour vous conter tout ça. Rassurez-vous admiratrices, Cupidon n'a rien eu affaire avec mon éclipse; je ne suis pas en état de réceptivité de ses flèches traîtresses, tout absorbé que je suis par l'oeuvre elle même et par la gestion de conflits entre les entrepreneurs. En plus, je suis affligé d'un méchant lumbago, depuis deux semaines, qui m'empêche absolument de conserver quelque position que ce soit plus de 15 minutes d'affilée.


J'ai d'autres excuses, de moindre magnitude, mais je préfère les conserver pour mon prochain retard. Voici donc quelques nouvelles rapides, pour réamorcer la pompe. Voilà 3 jours que je dors enfin dans ma chambre (presque) finie, et que je peux prendre une douche chaude avec de l'eau sous pression. Notez bien que je ne me plains pas; ici, l'eau froide n'est jamais bien froide, et un lit est un lit, mais un peu de luxe est toujours bon pour le moral... Surtout si on ajoute la climatisation! Je peux enfin dormir portes et fenêtres fermées, totalement à l'abri de la moiteur des nuits de Managua, mais surtout des cadeaux intempestifs de Charlatane. Elle mange désormais ses mulots et ses oiseaux sans venir me les présenter; de temps à autres je tombe sur une aile de quiscale ou de pigeon qu'elle a laissé traîner dans un coin du parc. Il faut bien qu'elle se nourrisse ainsi, sa maîtresse dominatrice mange tout son plat de nourriture, tous les soirs. Ah oui, je ne vous l'ai pas dit; je crois que Charlatane est lesbienne... Je n'ai rien contre, notez bien, je crois depuis toujours au droit de chacun d'assumer sa sexualité comme il l'entend, mais ce qui m'agace c'est qu'elle soit totalement dominée par sa maîtresse, une chatte grise de basse extraction qui lui fait faire ses quatre volontés, et qui en plus vide tous les soirs le bol de nourriture que je sers à cette moumoune de Charlatane. J'avais prévu la stériliser, finalement je crois que je vais plutôt lui trouver un psy à la place!

Les travaux sont bien avancés; les peintres sont en train de finir l'intérieur et la maison est en train de prendre son allure définitive. Et quelle allure! Elle est tout à fait comme j'ai souhaité qu'elle soit; gaie, lumineuse, conviviale, et en même temps sobre, simple et fonctionnelle. L'endroit idéal pour fuir dans le calme les rigueurs de l'hiver. La cohorte d'ouvriers a diminué en nombre et en exigences, ce qui déjà me rend la vie plus facile.

Bientôt j'aurais plus de temps pour vous écrire. Je vais d'abord prendre quelques jours de vacances pour évacuer la pression du chantier et retrouver un peu de cette solitude qui me manque depuis mon retour ici. Je vous reviens très bientôt, promis.

NB. Mystère, mystère; je ne sais pas pourquoi, mais l'option "commentaires" ne semble pas s'afficher sur cette page. Si c'est le cas pour vous, mettez-donc votre petit mot sur une page précédente, je le recevrai pareil, et toujours avec le même plaisir. Vous pouvez toujours m'écrire directement à: pierre.marin@gmail.com








vendredi 11 mai 2007

Le chantier

À gauche, c'est "El cojito"(le boiteux), un troglodyte à nuque rousse unijambiste. Même s'il a été élevé dans la commune, il vit seul, c'est pourquoi je me suis attaché à lui. Son handicap ne l'a pas empêché de survivre depuis janvier dernier. J'ai averti solennellement Charlatane de le ménager.











À gauche, c'est la gloriette vue de la piscine; le terrain de pétanque est en arrière, près du mur. À droite, c'est la piscine vue de la gloriette. Les fleurs gênent un peu le passage, mais je me fais une douce raison...
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Un colibri est venu me butiner la tête pendant que je vous écrit; le traître est venu par l'arrière et j'ai cru à l'attaque d'un hélicoptère miniature. J'ai d'abord été flatté par ce signe d'affection, mais à bien y penser, je pense qu'il doit s'agir d'un autre handicapé, ou qu'il était ivre de nectar; ça prend vraiment beaucoup d'imagination pour me confondre avec une fleur tropicale... Nous avons 18 sortes de colibris répertoriées au Nicaragua; certains vont bientôt aller passer l'été au Québec. Si j'arrive à en identifier un, je le chargerai d'un message pour vous. Pour le moment, ils sont au moins une douzaine à s'enivrer du nectar des fleurs dans notre parc.
La maison déborde d'activités; j'ai compté 14 ouvriers ce matin. Le vacarme est infernal et la poussière sort par toutes les fenêtres. Heureusement qu'il y a la gloriette pour me mettre à l'abri de ce pandémonium. Surtout que je n'ai pas vraiment besoin de les surveiller, ils sont tous à contrat; je me contente d'une ronde de temps à autres, pour m'assurer de la qualité de l'ouvrage.
La vie à fait que nous n'avons pas d'entrepreneur général mais plutôt 3 ou 4 entrepreneurs pour autant de corps de métiers avec un espèce de chef de meute, Ernesto, électricien de son métier. Drôle de personnage; petit, râblé, dynamique, colliers en or et des dents plein la bouche. Une vraie tête de vendeur d'assurance-vie. Une fois par jour, il vient me trouver avec son sourire de carnassier, et je sais qu'il va me proposer des travaux supplémentaires, totalement indispensables et à un prix défiant toute concurrence. Malgré le peu de succès obtenu jusqu'à présent, son enthousiasme est contagieux auprès de ses collègues qui, tour à tour, essaient de me convaincre de la nécessité et des avantages de faire dès maintenant telle ou telle amélioration que je regretterai inévitablement de ne pas avoir faite, plus tard. Voilà comment je passe mes journées depuis que je suis arrivé. Les ouvriers commencent à arriver à 7 heures du matin, et ceux qui ont un emploi ailleurs commencent à 5 heures de l'après-midi. Les travaux avancent vite, mais le havre de paix en prend pour son grade. Heureusement, il y a la gloriette.
Avec tout ça, il me reste peu de temps et d'énergie pour écrire, je suis sûr que vous le comprenez. Je vais faire de mon mieux d'ici à la fin du chantier, mais je ne peux pas vous promettre la régularité à laquelle je vous avais habitués.
Si je manque de temps, ou d'inspiration ou de la paix nécessaires à l'écriture, je vous mettrai des photos; non Charles, ce ne seront pas des photos d'oiseaux, comme tu peux le voir ci-haut, mes essais ne sont pas trop concluants...