vendredi 18 mai 2007

La mousson


Voilà de quoi notre ciel avait l'air lors du premier orage de cette saison des pluies. Non, la photo n'est pas de moi, je l'ai piquée sur internet -libre de droits- pour vous montrer vraiment de quoi ça avait l'air. J'étais trop occupé à rassurer notre veilleur de nuit pour prendre des photos... C'est aussi ce soir là que j'ai appris que nous avons un gardien qui a peur du noir! Leticia et Emer on bien ri quand j'ai voulu -discrètement- le vérifier auprès d'eux; ils le savent depuis le début que nous avons un protecteur pissou!!!




Je suis totalement mortifié; je m'étais pourtant bien promis de me plier à une régularité de métronome pour publier mon petit mot afin de vous permettre de suivre l'épopée des rénovations de la maison. Hélas, j'ai succombé sous la pression. Trop de monde, trop de choses, trop d'événements imprévus, et pas assez de cette sérénité dont j'ai tant besoin pour vous conter tout ça. Rassurez-vous admiratrices, Cupidon n'a rien eu affaire avec mon éclipse; je ne suis pas en état de réceptivité de ses flèches traîtresses, tout absorbé que je suis par l'oeuvre elle même et par la gestion de conflits entre les entrepreneurs. En plus, je suis affligé d'un méchant lumbago, depuis deux semaines, qui m'empêche absolument de conserver quelque position que ce soit plus de 15 minutes d'affilée.


J'ai d'autres excuses, de moindre magnitude, mais je préfère les conserver pour mon prochain retard. Voici donc quelques nouvelles rapides, pour réamorcer la pompe. Voilà 3 jours que je dors enfin dans ma chambre (presque) finie, et que je peux prendre une douche chaude avec de l'eau sous pression. Notez bien que je ne me plains pas; ici, l'eau froide n'est jamais bien froide, et un lit est un lit, mais un peu de luxe est toujours bon pour le moral... Surtout si on ajoute la climatisation! Je peux enfin dormir portes et fenêtres fermées, totalement à l'abri de la moiteur des nuits de Managua, mais surtout des cadeaux intempestifs de Charlatane. Elle mange désormais ses mulots et ses oiseaux sans venir me les présenter; de temps à autres je tombe sur une aile de quiscale ou de pigeon qu'elle a laissé traîner dans un coin du parc. Il faut bien qu'elle se nourrisse ainsi, sa maîtresse dominatrice mange tout son plat de nourriture, tous les soirs. Ah oui, je ne vous l'ai pas dit; je crois que Charlatane est lesbienne... Je n'ai rien contre, notez bien, je crois depuis toujours au droit de chacun d'assumer sa sexualité comme il l'entend, mais ce qui m'agace c'est qu'elle soit totalement dominée par sa maîtresse, une chatte grise de basse extraction qui lui fait faire ses quatre volontés, et qui en plus vide tous les soirs le bol de nourriture que je sers à cette moumoune de Charlatane. J'avais prévu la stériliser, finalement je crois que je vais plutôt lui trouver un psy à la place!

Les travaux sont bien avancés; les peintres sont en train de finir l'intérieur et la maison est en train de prendre son allure définitive. Et quelle allure! Elle est tout à fait comme j'ai souhaité qu'elle soit; gaie, lumineuse, conviviale, et en même temps sobre, simple et fonctionnelle. L'endroit idéal pour fuir dans le calme les rigueurs de l'hiver. La cohorte d'ouvriers a diminué en nombre et en exigences, ce qui déjà me rend la vie plus facile.

Bientôt j'aurais plus de temps pour vous écrire. Je vais d'abord prendre quelques jours de vacances pour évacuer la pression du chantier et retrouver un peu de cette solitude qui me manque depuis mon retour ici. Je vous reviens très bientôt, promis.

NB. Mystère, mystère; je ne sais pas pourquoi, mais l'option "commentaires" ne semble pas s'afficher sur cette page. Si c'est le cas pour vous, mettez-donc votre petit mot sur une page précédente, je le recevrai pareil, et toujours avec le même plaisir. Vous pouvez toujours m'écrire directement à: pierre.marin@gmail.com








vendredi 11 mai 2007

Le chantier

À gauche, c'est "El cojito"(le boiteux), un troglodyte à nuque rousse unijambiste. Même s'il a été élevé dans la commune, il vit seul, c'est pourquoi je me suis attaché à lui. Son handicap ne l'a pas empêché de survivre depuis janvier dernier. J'ai averti solennellement Charlatane de le ménager.











À gauche, c'est la gloriette vue de la piscine; le terrain de pétanque est en arrière, près du mur. À droite, c'est la piscine vue de la gloriette. Les fleurs gênent un peu le passage, mais je me fais une douce raison...
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Un colibri est venu me butiner la tête pendant que je vous écrit; le traître est venu par l'arrière et j'ai cru à l'attaque d'un hélicoptère miniature. J'ai d'abord été flatté par ce signe d'affection, mais à bien y penser, je pense qu'il doit s'agir d'un autre handicapé, ou qu'il était ivre de nectar; ça prend vraiment beaucoup d'imagination pour me confondre avec une fleur tropicale... Nous avons 18 sortes de colibris répertoriées au Nicaragua; certains vont bientôt aller passer l'été au Québec. Si j'arrive à en identifier un, je le chargerai d'un message pour vous. Pour le moment, ils sont au moins une douzaine à s'enivrer du nectar des fleurs dans notre parc.
La maison déborde d'activités; j'ai compté 14 ouvriers ce matin. Le vacarme est infernal et la poussière sort par toutes les fenêtres. Heureusement qu'il y a la gloriette pour me mettre à l'abri de ce pandémonium. Surtout que je n'ai pas vraiment besoin de les surveiller, ils sont tous à contrat; je me contente d'une ronde de temps à autres, pour m'assurer de la qualité de l'ouvrage.
La vie à fait que nous n'avons pas d'entrepreneur général mais plutôt 3 ou 4 entrepreneurs pour autant de corps de métiers avec un espèce de chef de meute, Ernesto, électricien de son métier. Drôle de personnage; petit, râblé, dynamique, colliers en or et des dents plein la bouche. Une vraie tête de vendeur d'assurance-vie. Une fois par jour, il vient me trouver avec son sourire de carnassier, et je sais qu'il va me proposer des travaux supplémentaires, totalement indispensables et à un prix défiant toute concurrence. Malgré le peu de succès obtenu jusqu'à présent, son enthousiasme est contagieux auprès de ses collègues qui, tour à tour, essaient de me convaincre de la nécessité et des avantages de faire dès maintenant telle ou telle amélioration que je regretterai inévitablement de ne pas avoir faite, plus tard. Voilà comment je passe mes journées depuis que je suis arrivé. Les ouvriers commencent à arriver à 7 heures du matin, et ceux qui ont un emploi ailleurs commencent à 5 heures de l'après-midi. Les travaux avancent vite, mais le havre de paix en prend pour son grade. Heureusement, il y a la gloriette.
Avec tout ça, il me reste peu de temps et d'énergie pour écrire, je suis sûr que vous le comprenez. Je vais faire de mon mieux d'ici à la fin du chantier, mais je ne peux pas vous promettre la régularité à laquelle je vous avais habitués.
Si je manque de temps, ou d'inspiration ou de la paix nécessaires à l'écriture, je vous mettrai des photos; non Charles, ce ne seront pas des photos d'oiseaux, comme tu peux le voir ci-haut, mes essais ne sont pas trop concluants...









dimanche 6 mai 2007

Histoires d'oiseaux


Vue partielle du marché, dans les rues de Granada avoisinant le Parque Central; la photo a été prise dans la voiture (on voit bien son antenne), et oui j'ai réussi à passer jusqu'au bout de la rue, avec mal mais sans casse.
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Le parc qui entoure la maison est rempli de fruits, de fleurs, de feuilles et de branches ainsi que de mon coeur qui ne bat que pour vous. Je vous en ai déjà parlé, je vous en parlerai encore, sans doute, je ne m'en lasse pas. Nous avons aussi des oiseaux, des centaines d'oiseaux de toutes sortes, mais principalement du genre tropical, allez savoir pourquoi. Depuis peu, nous en avons deux de moins, mais c'est une triste histoire, je vous la conterai plus tard.
Il y a 725 espèces d'oiseaux au Nicaragua; si vous ne me croyez pas, allez donc voir ici: http://www.oiseaux.net/liste/birds.in.nicaragua.html C'est mon ami Charles qui m'a obligeamment trouvé ce site. 725 espèces, c'est beaucoup; heureusement elles ne se trouvent pas toutes sur notre terrain, nous ne saurions pas où les mettre, mais nous en avons beaucoup, beaucoup. Ils sont de toutes les couleurs et ils chantent toutes les chansons, comme ça leur plaît, et à l'heure qui leur plaît. Chaque espèce a ses heures de pratique et ses airs favoris et tout ça fait un concert exotique et charmant. Certaines espèces abusent cependant de la force de leur nombre; prenez le quiscale à longue queue, par exemple. Il a littéralement évincé les autres espèces du "Parque Central" de Granada. Je vous ai déjà parlé de Granada; c'est une petite ville coloniale, la première installation urbaine en Amérique qui subsiste sur les lieux même où elle fut créée par les colonisateurs espagnols. Détruite et reconstruite à plusieurs reprises au cours de sa longue et violente histoire, elle est devenue une attraction touristique de premier plan, tant par la qualité de son architecture coloniale que par le plaisir que l'on prend à se promener dans les rues et ruelles du quartier historique, ou à chiner dans le marché qui s'y installe, plusieurs fois la semaine. À l'heure de l'apéro, on finit toujours par se retrouver sur une terrasse ombragée du Parque Central pour assister au concert quotidien et inoubliable des quiscales à longue queue. Tous les jours, vers 18 heures, à l'heure où le soleil plonge dans le lac Nicaragua tout proche, des millions de quiscales viennent s'installer pour la nuit dans les arbres de la place à grand renforts de cris, de sifflements, de gloussements et de caquetage. Leur grand nombre rend le concert littéralement assourdissant. Puis, d'un coup, comme si un mystérieux chef d'orchestre leur en avait donné le signal, tout s'arrête au moment précis où le soleil disparaît de l'horizon. Silence total. L'instant est magique; c'est un grand moment pour commander la 2ème tournée de Campari-tonic (c'est ce que je prends quand je ne trouve pas de pastis)....
La grande variété d'espèces vivant à la maison nous protège efficacement contre les tentations impérialistes d'une seule espèce; je prends grand plaisir à les observer depuis la gloriette, surtout le matin en prenant mon café. Il y a, entre autres, cette colonie de troglodytes, de l'espèce à nuque rousse je crois. Cet oiseau a un chant très mélodieux, et mâle et femelle chantent souvent en duo des chants très sophistiqués. Je les ai vus construire leur nid, et j'ai cru un moment faire une découverte ornithologique. Heureusement, je l'ai gardée pour moi. J'étais donc à observer le travail de ce couple en train de bâtir leur nid dans le creux d'un jeune bananier quand je remarque un troisième oiseau qui leur donne un coup de main! Surprise du néophyte... Serait-ce un couple aux moeurs relâchées me demandais-je in petto? Lorsqu'un quatrième larron s'est joint au trio, je me suis mis à préparer une communication à l'académie des sciences, sûr de tenir enfin la célébrité en exposant les moeurs dissolues de certains volatiles partouzards.... Hélas, j'ai appris depuis que certain troglodytes vivent en commune, jusqu'à 10 ou 12 dans le même nid; tant pis pour mon scoop, le mystère est levé. Ça fait rien, je les ai vus, jour après jours faire des efforts inouïs pour bâtir un nid à plusieurs dans le creux d'un bananier; or, comme chacun sait, les feuilles de bananiers poussent justement dans le centre du tronc, à l'endroit même où ils bâtissaient leur commune, de telle sorte que leur nid se délitait à mesure que les feuilles poussaient. Ils ont fini par déménager.
C'est sûr qu'on est plus forts à plusieurs, mais pas forcément plus intelligents, comme on le voit souvent dans la vie de tous les jours, ou, des fois, quand un certain parti politique se choisit un chef, ou encore quand un certain peuple se choisit un président. Je suis en train de réfléchir à ça et on s'en reparlera certainement.
Parmi tous ces oiseaux, il en est un qui passe la nuit à chanter une sorte de plainte lugubre qui me dérange un peu les soirs d'insomnie. Je sors de temps à autres pour essayer de l'identifier. Chaque fois notre gardien de nuit, Crecencio, c'est comme ça qu'il s'appelle, accourt pour bien me montrer qu'il est bien réveillé. Naturellement, chaque fois que je me lève ainsi, l'oiseau arrête de chanter, comme s'il avait deviné mes mauvaises intentions. Alors, tant pis pour l'identification, j'ai donné le mandat à Crecencio et à Charlatane de régler le cas. Pour le moment, c'est deux à zéro pour Charlatane. Deux beaux quiscales qu'elle a pris bien soin de m'apporter dans mon lit. Après le premier, j'ai fermé la porte de ma chambre, elle est rentrée en passant à travers le moustiquaire pour m'apporter le deuxième. Il va falloir que j'aie une bonne conversation avec elle pour affiner sa compréhension des mandats que je lui donne. Si elle me propose de référer le dossier à un comité, je la déshérite.

jeudi 3 mai 2007

L'hiver, dans la gloriette.

Il fait 32°C humide et lourd; "l'hiver" commence bientôt au Nicaragua. Malgré que nous soyons dans l'hémisphère nord, c'est ainsi que l'on appelle ici cette saison qui commence en mai pour se terminer en novembre. Ailleurs, on l'appelle la mousson; c'est chaud et humide, et, de temps à autres, le ciel nous tombe sur la tête sous la forme d'averses intenses, soudaines et généralement courtes. Je ne sais pas pourquoi, mais cette moiteur me rappelle Tennessee Williams, et Marlon Brando transpirant dans son deux pièces cuisine à New-Orleans; je dis bien la température seulement. En fait, j'adore cette moiteur qui justifie la paresse, et j'aurais mieux fait de trouver une autre référence, plus gaie pour exprimer vraiment ce que je ressens...
J'ai retrouvé ma gloriette, encore plus belle que je l'avais laissée grâce au travail acharné de Jean-Pierre; en plus de l'éclairage tamisé et d'un superbe ventilateur de plafond, elle est maintenant jouxtée du plus charmant et intime terrain de pétanque qui soit. Ne venez surtout pas ici, vous ne voudrez plus jamais repartir! Je vous avais déjà vanté la végétation luxuriante du parc qui entoure la maison; je n'avais rien vu encore... La pluie des derniers jours lui a donné un lustre et un éclat que je pouvais difficilement soupçonner pendant la saison sèche. Les verts sont éclatants, et les fleurs éclosent par centaines, de toutes les couleurs. Le spectacle est glorieux, ce qui est tout à fait à propos quand on l'observe d'une gloriette (je vous présente mes excuses, ça m'a échappé)
Charlatan m'attendait, boudeur un peu, comme l'avait si bien prévu une lectrice anonyme. La bouderie fut courte cependant; nous sommes redevenus les meilleurs amis du monde. Il me suit comme un chien, se couche sagement sur une chaise près de moi pendant mes repas, et m'apporte un mulot de temps à autres au cas où je voudrais partager le sien. Il n'a presque pas grossi, ce qui me fait penser que si c'est un couguar, il doit être de l'espèce à croissance lente. Ah oui, j'oubliais, c'est une femelle; comme il est déjà baptisé, je continuerai à le traiter en mâle jusqu'à ce qu'il sorte du placard (ou du sac!) de façon tangible, si je n'arrive pas à l'en empêcher...
Voilà chères et chers amis; je suis arrivé à la maison après un voyage court et sans histoires, et un séjour fructueux et agité à Montréal. Je vais reprendre le cours de mes chroniques nicaraguayennes dès que je serai acclimaté. Dites-moi si des sujets vous intéressent, j'essaierai de les creuser.