dimanche 8 juillet 2007

Ô temps, suspend mon blog...

Voilà, le voyage est fini. Plus de 3 semaines que je n'ai rien écrit dans ce blog, ça doit vouloir dire qu'il est temps de passer à autre chose....
J'ai pris beaucoup de plaisir à communiquer avec vous pendant ce long voyage et ces longues haltes sous les tropiques; la route et le dépaysement m'ont fourni une matière abondante et facile à partager, et je l'ai fait avec joie, alimenté par vos encouragements aussi chaleureux que nombreux. Ce voyage est maintenant terminé; j'ai eu beaucoup de difficultés à changer le sens de ce blog pour l'adapter à ma nouvelle "sédentarité", et je n'y suis pas parvenu. J'ai fini par me dire qu'il valait mieux arrêter là pour le moment.
Je continue cependant à écrire, pour moi, sans autre but que de garder la main pour le jour où nous reprendrons cette correspondance, peut-être bientôt, qui sait?
Je suis à Montréal depuis 2 semaines, je ne sais pas encore pour combien de temps. C'est sûr que je pourrai vous voir toutes et tous avant mon départ et j'ai vraiment hâte de le faire. Je vous donnerai de vive voix (C'est bien mieux, on pourra boire ensemble) des nouvelles de Charlatane, du "Cojito" et de tout ce qui a occupé ma vie ces derniers mois.

À très bientôt donc.

vendredi 1 juin 2007

Rappelle-toi Barbara

Voici une photo d'ensemble de la façade de la maison. Compte tenu de l'abondance de la végétation dans le parc qui l'environne, elle est très difficile à photographier, mais vous voyez l'idée. Si vous l'agrandissez en cliquant dessus, vous allez même pouvoir distinguer quelques mangues en attente de leur victime. L'arbre de droite est un avocassier; ses fruits sont gros comme des ballons de football!
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Trente six heures de pluie sans discontinuer! Une pluie riche, dense, torrentielle et chaude, tropicale pour tout dire a transformé les rues de Managua en torrents impétueux, et les bas quartiers en lacs, inondant comme d'habitude les taudis de la ville. Trente six heures, et le soleil est apparu, ce matin, et c'est comme s'il n'avait jamais plu. Barbara, la première tempête tropicale vient de frapper dur, et encore, il semble qu'elle nous a seulement frôlés.





Chers amis et chères admiratrices, s'il m'en reste encore(?), voilà déjà presque deux semaines que j'ai écrit les lignes qui précèdent; le chantier que je dirige s'est intensifié à un point tel que j'ai perdu toute envie d'écrire. Mon esprit était totalement dédié à la fin de ces interminables travaux. Heureusement, c'est fini; il reste encore des petits détails, il en restera toujours, mais je peux désormais en profiter en paix pour les deux semaines qu'il me reste à passer ici. Finalement, ça aura fait un drôle de séjour; c'est vrai que j'étais revenu exprès pour superviser les travaux de rénovation, mais je pensais disposer de plus de liberté pour vadrouiller dans ce pays que je connais encore mal. Au lieu de ça, j'ai dû passer la plupart de mes journées à la maison, avec jusqu'à 18 ouvriers à la fois. Alors j'ai lu comme je n'avais pas lu depuis longtemps; j'ai retrouvé ce plaisir que j'avais perdu depuis longtemps, obsédé que j'étais par mon travail et par l'usage efficient de mes journées.
J'ai lu donc des tas de livres parmi ceux que nous avons apportés ici; des livres policiers ou d'action principalement, du genre qu'on lit dans la journée, juste comme une mise en train, comme une gymnastique. Je suis aussi tombé sous le charme de "Les piliers de la terre" de Ken Follet; vous l'avez certainement lu depuis longtemps, cultivés comme vous êtes.... Moi je le découvrais parce qu'il était là, a portée de la main. Je l'ai aimé d'autant plus que je me suis identifié au personnage central de ce roman qui est, comme vous le savez, Prieur d'une abbaye de l'ordre de St-Benoit. Non pas que je sois tombé en religion, rassurez-vous, mais à force de me faire appeler "Don Pierre" à longueur de jour par cette foule qui s'agite autour de moi, qui dépend de moi en quelque sorte, l'amalgame est devenu facile.
Les travaux sont finis donc, et je ne vous en parlerai plus. La maison est magnifique et il ne vous reste plus qu'à venir la voir. Je vais désormais pouvoir me consacrer à autre chose, et principalement en profiter enfin, sans tous ces étrangers culpabilisants autour de moi. Je vous l'ai déjà dit; le Nicaragua est un pays pauvre. Le salaire minimum vient d'être augmenté de 18% par les sandinistes, et il se situe désormais à environ 80$ PAR MOIS! Les ouvriers qui travaillaient pour nous gagnaient environ 15$ par jour ce qui est près de quatre fois le salaire minimum. Malgré ça, je me suis toujours senti honteux de leur donner si peu. Tenez, l'autre jour je suis arrivé avec 5 ventilateurs de plafond à 80$ chaque; 5 familles auraient pu vivre un mois avec ce qu'ils m'ont coûté. Les employés m'ont aidé à décharger mes boites et je les sentais compter avec moi. Je sais, ce n'est pas de ma faute s'ils sont nés ici et non pas un peu plus au nord, là où nous avons eu la chance de naître. À nous de voir non pas si, mais comment nous pouvons partager la chance que nous avons eue à la loterie de la vie.
Voilà que je deviens sentencieux et ennuyant; il est temps que je revienne à la maison; ne reste plus que de savoir où elle est.

vendredi 18 mai 2007

La mousson


Voilà de quoi notre ciel avait l'air lors du premier orage de cette saison des pluies. Non, la photo n'est pas de moi, je l'ai piquée sur internet -libre de droits- pour vous montrer vraiment de quoi ça avait l'air. J'étais trop occupé à rassurer notre veilleur de nuit pour prendre des photos... C'est aussi ce soir là que j'ai appris que nous avons un gardien qui a peur du noir! Leticia et Emer on bien ri quand j'ai voulu -discrètement- le vérifier auprès d'eux; ils le savent depuis le début que nous avons un protecteur pissou!!!




Je suis totalement mortifié; je m'étais pourtant bien promis de me plier à une régularité de métronome pour publier mon petit mot afin de vous permettre de suivre l'épopée des rénovations de la maison. Hélas, j'ai succombé sous la pression. Trop de monde, trop de choses, trop d'événements imprévus, et pas assez de cette sérénité dont j'ai tant besoin pour vous conter tout ça. Rassurez-vous admiratrices, Cupidon n'a rien eu affaire avec mon éclipse; je ne suis pas en état de réceptivité de ses flèches traîtresses, tout absorbé que je suis par l'oeuvre elle même et par la gestion de conflits entre les entrepreneurs. En plus, je suis affligé d'un méchant lumbago, depuis deux semaines, qui m'empêche absolument de conserver quelque position que ce soit plus de 15 minutes d'affilée.


J'ai d'autres excuses, de moindre magnitude, mais je préfère les conserver pour mon prochain retard. Voici donc quelques nouvelles rapides, pour réamorcer la pompe. Voilà 3 jours que je dors enfin dans ma chambre (presque) finie, et que je peux prendre une douche chaude avec de l'eau sous pression. Notez bien que je ne me plains pas; ici, l'eau froide n'est jamais bien froide, et un lit est un lit, mais un peu de luxe est toujours bon pour le moral... Surtout si on ajoute la climatisation! Je peux enfin dormir portes et fenêtres fermées, totalement à l'abri de la moiteur des nuits de Managua, mais surtout des cadeaux intempestifs de Charlatane. Elle mange désormais ses mulots et ses oiseaux sans venir me les présenter; de temps à autres je tombe sur une aile de quiscale ou de pigeon qu'elle a laissé traîner dans un coin du parc. Il faut bien qu'elle se nourrisse ainsi, sa maîtresse dominatrice mange tout son plat de nourriture, tous les soirs. Ah oui, je ne vous l'ai pas dit; je crois que Charlatane est lesbienne... Je n'ai rien contre, notez bien, je crois depuis toujours au droit de chacun d'assumer sa sexualité comme il l'entend, mais ce qui m'agace c'est qu'elle soit totalement dominée par sa maîtresse, une chatte grise de basse extraction qui lui fait faire ses quatre volontés, et qui en plus vide tous les soirs le bol de nourriture que je sers à cette moumoune de Charlatane. J'avais prévu la stériliser, finalement je crois que je vais plutôt lui trouver un psy à la place!

Les travaux sont bien avancés; les peintres sont en train de finir l'intérieur et la maison est en train de prendre son allure définitive. Et quelle allure! Elle est tout à fait comme j'ai souhaité qu'elle soit; gaie, lumineuse, conviviale, et en même temps sobre, simple et fonctionnelle. L'endroit idéal pour fuir dans le calme les rigueurs de l'hiver. La cohorte d'ouvriers a diminué en nombre et en exigences, ce qui déjà me rend la vie plus facile.

Bientôt j'aurais plus de temps pour vous écrire. Je vais d'abord prendre quelques jours de vacances pour évacuer la pression du chantier et retrouver un peu de cette solitude qui me manque depuis mon retour ici. Je vous reviens très bientôt, promis.

NB. Mystère, mystère; je ne sais pas pourquoi, mais l'option "commentaires" ne semble pas s'afficher sur cette page. Si c'est le cas pour vous, mettez-donc votre petit mot sur une page précédente, je le recevrai pareil, et toujours avec le même plaisir. Vous pouvez toujours m'écrire directement à: pierre.marin@gmail.com








vendredi 11 mai 2007

Le chantier

À gauche, c'est "El cojito"(le boiteux), un troglodyte à nuque rousse unijambiste. Même s'il a été élevé dans la commune, il vit seul, c'est pourquoi je me suis attaché à lui. Son handicap ne l'a pas empêché de survivre depuis janvier dernier. J'ai averti solennellement Charlatane de le ménager.











À gauche, c'est la gloriette vue de la piscine; le terrain de pétanque est en arrière, près du mur. À droite, c'est la piscine vue de la gloriette. Les fleurs gênent un peu le passage, mais je me fais une douce raison...
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Un colibri est venu me butiner la tête pendant que je vous écrit; le traître est venu par l'arrière et j'ai cru à l'attaque d'un hélicoptère miniature. J'ai d'abord été flatté par ce signe d'affection, mais à bien y penser, je pense qu'il doit s'agir d'un autre handicapé, ou qu'il était ivre de nectar; ça prend vraiment beaucoup d'imagination pour me confondre avec une fleur tropicale... Nous avons 18 sortes de colibris répertoriées au Nicaragua; certains vont bientôt aller passer l'été au Québec. Si j'arrive à en identifier un, je le chargerai d'un message pour vous. Pour le moment, ils sont au moins une douzaine à s'enivrer du nectar des fleurs dans notre parc.
La maison déborde d'activités; j'ai compté 14 ouvriers ce matin. Le vacarme est infernal et la poussière sort par toutes les fenêtres. Heureusement qu'il y a la gloriette pour me mettre à l'abri de ce pandémonium. Surtout que je n'ai pas vraiment besoin de les surveiller, ils sont tous à contrat; je me contente d'une ronde de temps à autres, pour m'assurer de la qualité de l'ouvrage.
La vie à fait que nous n'avons pas d'entrepreneur général mais plutôt 3 ou 4 entrepreneurs pour autant de corps de métiers avec un espèce de chef de meute, Ernesto, électricien de son métier. Drôle de personnage; petit, râblé, dynamique, colliers en or et des dents plein la bouche. Une vraie tête de vendeur d'assurance-vie. Une fois par jour, il vient me trouver avec son sourire de carnassier, et je sais qu'il va me proposer des travaux supplémentaires, totalement indispensables et à un prix défiant toute concurrence. Malgré le peu de succès obtenu jusqu'à présent, son enthousiasme est contagieux auprès de ses collègues qui, tour à tour, essaient de me convaincre de la nécessité et des avantages de faire dès maintenant telle ou telle amélioration que je regretterai inévitablement de ne pas avoir faite, plus tard. Voilà comment je passe mes journées depuis que je suis arrivé. Les ouvriers commencent à arriver à 7 heures du matin, et ceux qui ont un emploi ailleurs commencent à 5 heures de l'après-midi. Les travaux avancent vite, mais le havre de paix en prend pour son grade. Heureusement, il y a la gloriette.
Avec tout ça, il me reste peu de temps et d'énergie pour écrire, je suis sûr que vous le comprenez. Je vais faire de mon mieux d'ici à la fin du chantier, mais je ne peux pas vous promettre la régularité à laquelle je vous avais habitués.
Si je manque de temps, ou d'inspiration ou de la paix nécessaires à l'écriture, je vous mettrai des photos; non Charles, ce ne seront pas des photos d'oiseaux, comme tu peux le voir ci-haut, mes essais ne sont pas trop concluants...









dimanche 6 mai 2007

Histoires d'oiseaux


Vue partielle du marché, dans les rues de Granada avoisinant le Parque Central; la photo a été prise dans la voiture (on voit bien son antenne), et oui j'ai réussi à passer jusqu'au bout de la rue, avec mal mais sans casse.
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Le parc qui entoure la maison est rempli de fruits, de fleurs, de feuilles et de branches ainsi que de mon coeur qui ne bat que pour vous. Je vous en ai déjà parlé, je vous en parlerai encore, sans doute, je ne m'en lasse pas. Nous avons aussi des oiseaux, des centaines d'oiseaux de toutes sortes, mais principalement du genre tropical, allez savoir pourquoi. Depuis peu, nous en avons deux de moins, mais c'est une triste histoire, je vous la conterai plus tard.
Il y a 725 espèces d'oiseaux au Nicaragua; si vous ne me croyez pas, allez donc voir ici: http://www.oiseaux.net/liste/birds.in.nicaragua.html C'est mon ami Charles qui m'a obligeamment trouvé ce site. 725 espèces, c'est beaucoup; heureusement elles ne se trouvent pas toutes sur notre terrain, nous ne saurions pas où les mettre, mais nous en avons beaucoup, beaucoup. Ils sont de toutes les couleurs et ils chantent toutes les chansons, comme ça leur plaît, et à l'heure qui leur plaît. Chaque espèce a ses heures de pratique et ses airs favoris et tout ça fait un concert exotique et charmant. Certaines espèces abusent cependant de la force de leur nombre; prenez le quiscale à longue queue, par exemple. Il a littéralement évincé les autres espèces du "Parque Central" de Granada. Je vous ai déjà parlé de Granada; c'est une petite ville coloniale, la première installation urbaine en Amérique qui subsiste sur les lieux même où elle fut créée par les colonisateurs espagnols. Détruite et reconstruite à plusieurs reprises au cours de sa longue et violente histoire, elle est devenue une attraction touristique de premier plan, tant par la qualité de son architecture coloniale que par le plaisir que l'on prend à se promener dans les rues et ruelles du quartier historique, ou à chiner dans le marché qui s'y installe, plusieurs fois la semaine. À l'heure de l'apéro, on finit toujours par se retrouver sur une terrasse ombragée du Parque Central pour assister au concert quotidien et inoubliable des quiscales à longue queue. Tous les jours, vers 18 heures, à l'heure où le soleil plonge dans le lac Nicaragua tout proche, des millions de quiscales viennent s'installer pour la nuit dans les arbres de la place à grand renforts de cris, de sifflements, de gloussements et de caquetage. Leur grand nombre rend le concert littéralement assourdissant. Puis, d'un coup, comme si un mystérieux chef d'orchestre leur en avait donné le signal, tout s'arrête au moment précis où le soleil disparaît de l'horizon. Silence total. L'instant est magique; c'est un grand moment pour commander la 2ème tournée de Campari-tonic (c'est ce que je prends quand je ne trouve pas de pastis)....
La grande variété d'espèces vivant à la maison nous protège efficacement contre les tentations impérialistes d'une seule espèce; je prends grand plaisir à les observer depuis la gloriette, surtout le matin en prenant mon café. Il y a, entre autres, cette colonie de troglodytes, de l'espèce à nuque rousse je crois. Cet oiseau a un chant très mélodieux, et mâle et femelle chantent souvent en duo des chants très sophistiqués. Je les ai vus construire leur nid, et j'ai cru un moment faire une découverte ornithologique. Heureusement, je l'ai gardée pour moi. J'étais donc à observer le travail de ce couple en train de bâtir leur nid dans le creux d'un jeune bananier quand je remarque un troisième oiseau qui leur donne un coup de main! Surprise du néophyte... Serait-ce un couple aux moeurs relâchées me demandais-je in petto? Lorsqu'un quatrième larron s'est joint au trio, je me suis mis à préparer une communication à l'académie des sciences, sûr de tenir enfin la célébrité en exposant les moeurs dissolues de certains volatiles partouzards.... Hélas, j'ai appris depuis que certain troglodytes vivent en commune, jusqu'à 10 ou 12 dans le même nid; tant pis pour mon scoop, le mystère est levé. Ça fait rien, je les ai vus, jour après jours faire des efforts inouïs pour bâtir un nid à plusieurs dans le creux d'un bananier; or, comme chacun sait, les feuilles de bananiers poussent justement dans le centre du tronc, à l'endroit même où ils bâtissaient leur commune, de telle sorte que leur nid se délitait à mesure que les feuilles poussaient. Ils ont fini par déménager.
C'est sûr qu'on est plus forts à plusieurs, mais pas forcément plus intelligents, comme on le voit souvent dans la vie de tous les jours, ou, des fois, quand un certain parti politique se choisit un chef, ou encore quand un certain peuple se choisit un président. Je suis en train de réfléchir à ça et on s'en reparlera certainement.
Parmi tous ces oiseaux, il en est un qui passe la nuit à chanter une sorte de plainte lugubre qui me dérange un peu les soirs d'insomnie. Je sors de temps à autres pour essayer de l'identifier. Chaque fois notre gardien de nuit, Crecencio, c'est comme ça qu'il s'appelle, accourt pour bien me montrer qu'il est bien réveillé. Naturellement, chaque fois que je me lève ainsi, l'oiseau arrête de chanter, comme s'il avait deviné mes mauvaises intentions. Alors, tant pis pour l'identification, j'ai donné le mandat à Crecencio et à Charlatane de régler le cas. Pour le moment, c'est deux à zéro pour Charlatane. Deux beaux quiscales qu'elle a pris bien soin de m'apporter dans mon lit. Après le premier, j'ai fermé la porte de ma chambre, elle est rentrée en passant à travers le moustiquaire pour m'apporter le deuxième. Il va falloir que j'aie une bonne conversation avec elle pour affiner sa compréhension des mandats que je lui donne. Si elle me propose de référer le dossier à un comité, je la déshérite.

jeudi 3 mai 2007

L'hiver, dans la gloriette.

Il fait 32°C humide et lourd; "l'hiver" commence bientôt au Nicaragua. Malgré que nous soyons dans l'hémisphère nord, c'est ainsi que l'on appelle ici cette saison qui commence en mai pour se terminer en novembre. Ailleurs, on l'appelle la mousson; c'est chaud et humide, et, de temps à autres, le ciel nous tombe sur la tête sous la forme d'averses intenses, soudaines et généralement courtes. Je ne sais pas pourquoi, mais cette moiteur me rappelle Tennessee Williams, et Marlon Brando transpirant dans son deux pièces cuisine à New-Orleans; je dis bien la température seulement. En fait, j'adore cette moiteur qui justifie la paresse, et j'aurais mieux fait de trouver une autre référence, plus gaie pour exprimer vraiment ce que je ressens...
J'ai retrouvé ma gloriette, encore plus belle que je l'avais laissée grâce au travail acharné de Jean-Pierre; en plus de l'éclairage tamisé et d'un superbe ventilateur de plafond, elle est maintenant jouxtée du plus charmant et intime terrain de pétanque qui soit. Ne venez surtout pas ici, vous ne voudrez plus jamais repartir! Je vous avais déjà vanté la végétation luxuriante du parc qui entoure la maison; je n'avais rien vu encore... La pluie des derniers jours lui a donné un lustre et un éclat que je pouvais difficilement soupçonner pendant la saison sèche. Les verts sont éclatants, et les fleurs éclosent par centaines, de toutes les couleurs. Le spectacle est glorieux, ce qui est tout à fait à propos quand on l'observe d'une gloriette (je vous présente mes excuses, ça m'a échappé)
Charlatan m'attendait, boudeur un peu, comme l'avait si bien prévu une lectrice anonyme. La bouderie fut courte cependant; nous sommes redevenus les meilleurs amis du monde. Il me suit comme un chien, se couche sagement sur une chaise près de moi pendant mes repas, et m'apporte un mulot de temps à autres au cas où je voudrais partager le sien. Il n'a presque pas grossi, ce qui me fait penser que si c'est un couguar, il doit être de l'espèce à croissance lente. Ah oui, j'oubliais, c'est une femelle; comme il est déjà baptisé, je continuerai à le traiter en mâle jusqu'à ce qu'il sorte du placard (ou du sac!) de façon tangible, si je n'arrive pas à l'en empêcher...
Voilà chères et chers amis; je suis arrivé à la maison après un voyage court et sans histoires, et un séjour fructueux et agité à Montréal. Je vais reprendre le cours de mes chroniques nicaraguayennes dès que je serai acclimaté. Dites-moi si des sujets vous intéressent, j'essaierai de les creuser.

vendredi 20 avril 2007

À la maison


La dernière frontière! Voilà à quoi ressemblait la frontière canadienne ce mardi 10 avril lorsque je suis arrivé. J'ai pris la file de droite et je suis passé sans histoires. Je n'ai eu à corrompre personne, juste à mentir un peu, comme tout le monde. Une réflexion en passant: j'ai traversé douze frontières dans ce voyage; chaque fois il m'a fallu corrompre ou mentir ou les deux. Ça fait quand même drôle dans nos sociétés "modernes" de se voir transformer en enfants resquilleurs chaque fois que l'on traverse une frontière, incluant celle de son propre pays!
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Je vous écris de la maison, "Heureux qui comme Ulysse... Mais plutôt comme cestuy-là qui conquit la toison....". Voilà plus d'une semaine que je suis arrivé, et je suis hélas obligé de constater que je ne pourrai tous vous voir, ni voir suffisamment ceux que j'ai eu la chance de rencontrer. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé! Je me suis même fait un calendrier de rencontres pour être sur d'optimiser mon temps... Bien sur, j'ai priorisé mes admiratrices, vous vous en doutiez bien, et même là je n'aurai pu les voir toutes. Alors, ce sera pour la prochaine fois; ça me fait plus de peine qu'à vous, surtout ne pleurez pas, vous allez accroître mon chagrin, irrémédiablement.
Je retourne à Managua le 30 avril pour finir le travail que Jean-Pierre a si bien commencé, et je reviendrai pour la Saint-Jean; cette fois je compte bien rester tout l'été et je vous promets d'aller tous vous voir jusqu'à ce que vous me suppliiez de retourner me faire pendre sous les tropiques, et je vous obéirai, promis.
Je pars en avion cette fois-ci; je vais faire en 5 heures ce trajet qui m'en a pris 340 en voiture. En réalité j'ai conduit seulement 110 heures si j'enlève les dodos et les loisirs. Donc, je ne vous écrirai pas pendant le voyage, ça va aller trop vite pour ça. Mais je vais vous écrire encore, vu que vous me l'avez demandé avec insistance. Je ne sais pas encore ce que je vais vous dire, mais il y a plein de ficelles que j'ai laissé traîner derrière moi, emporté par mes découvertes et mes humeurs; j'essayerai de les rattacher et de vous conter la vie là-bas. Je serai seul la plupart du temps, à moins que Cupidon ne me frappe de sa flèche traîtresse, ou que quelque bon-vivant ne me détourne de mon clavier pour m'entraîner dans ces libations joyeuses qui font le charme de la vie. Donc, en dehors de ces avatars, j'aurai du temps à vous consacrer et j'ai la ferme intention de le faire. Nous verrons bien la forme que tout ça prendra; nous verrons aussi pour la fréquence, ce sera la surprise, pour vous et pour moi.
Que vous dire de plus? Merci à tous ceux que j'aurai eu la chance de voir pendant ce court séjour, hasta luego à tous ceux que je n'aurai pas pu voir faute de temps.
Viva la vida!

lundi 9 avril 2007

God Bless America!

J'ai fini la journée en Pennnsylvanie (Oui, je sais, ça prend 2 "n" seulement, mais j'en ai mis 3 parce qu'hier j'en ai juste mis un; alors ça corrige rétrospectivement!) J'ai donc fini la journée en Pennsylvanie sous un ciel couvert de nuages bas et sombres dans ces paysages montagneux couverts de forêt mixte; les feuilles n'ont pas encore poussé, à peine distingue-t-on de timides bourgeons trop petits encore pour donner de la couleur. Ça fait des paysages sombres sous un ciel bas et lourd; ça m'a donné les blues et je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ce film, "Deer hunter" qui se passe justement dans cet environnement. La scène où ils se retrouvent dans leur bar, au retour du VietNam et ils entonnent le "God Bless America" est une des scènes les plus intensément tristes du cinéma contemporain; triste et intense. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aussi que cette scène doit se reproduire encore aujourd'hui autour de ces enfants qu'on envoie se faire tuer en Irak pour défendre quelle cause?
Drôle d'Amérique, capable du meilleur et du pire, même dans ses paysages. J'ai commencé la journée sous un soleil splendide, même si c'était frais; la route suit le Blue Ridge, dans la vallée. Que vous dire? Il est Blue et il est Ridge. C'est une chaîne de montagnes de hauteur moyenne aux sommets assez découpés; l'éclairage et une espèce de petite brume permanente leur donne cette coloration si particulière qui leur a mérité ce nom. Tout le long de la Virginie, la végétation est éblouissante; c'est une explosion de couleurs. Sur un fond de vert tendre des feuilles nouvellement poussées, tous les arbres sont en fleur; c'est un pur ravissement, et un moment rare. Je suis heureux de l'avoir vécu. Vous n'aurez pas de photos, parce que ce genre de spectacle m'intimide trop pour que je prenne le risque de prendre de mauvaises photos. C'est niaiseux mais c'est comme ça.
À part ce petit coup de spleen à la fin, ce fut une bonne journée, l'avant-dernière de mon odyssée. Plus qu'une toute petite étape, et je devrais être à la maison mardi soir. Mon blog va probablement finir ici, encore qu'il mériterait peut-être une sorte de conclusion, on verra à Montréal.
J'ai hâte de vous voir et de vous remercier de vive voix pour vos encouragements et votre soutien tout le long de ces trois mois. Ils m'ont apporté une présence et une chaleur dont j'avais le plus grand besoin, et pas seulement à cause du voyage....
Plus qu'un douanier à corrompre et je suis parmi vous.

dimanche 8 avril 2007

Back to winter!


Plus on va vers le nord, plus il fait froid! Les voyages forment la jeunesse, c'est bien connu, mais ils permettent aussi de vérifier de visu ces petits principes simples de la vie de tous les jours. Plus j'avance vers vous, plus il fait froid; normal, je roule vers le nord! Mais là, il me semble que vous exagérez! Vous n'aviez pas vraiment besoin de me commander cette bordée de neige pour saluer mon arrivée! Allez, retournez moi ça où vous l'avez pris et montez le thermostat; je vais attraper la crève, surtout que j'ai donné mon manteau à un mec qui se les gèle quand le thermomètre tombe à 28°C la nuit!

Je suis rendu à Witheville, Virginia, petit village collé sur la Virginie occidentale sur les bords de la route I 81 que je suis depuis ce matin. La route est superbe et les paysages grandioses; elle chemine entre les monts Cumberland à l'ouest et le Blue Ridge à l'est. Je suis passé ce matin par les Great Smoky Mountains; malgré tous ces noms, ces montagnes font partie de la chaîne des Appalaches, dont une partie ici prend le nom de Monts Alleghanis pour simplifier le tout. On s'en fout, on a plus d'examen à passer, on peut se contenter d'admirer, ce que je fais sans me lasser.

Sérieusement, il faut que vous veniez voir ça avant de mourir; les américains font chier, mais ils sont d'un commerce agréable dans cette petite vie de tous les jours, et ils sont accueillants. Ils ne savent pas manger et encore moins faire manger la visite, mais Dieu que ce pays est beau!

J'ai traversé un reste d'Alabama, un tout petit coin de Georgia, le Tennessee dans sa petite épaisseur et je suis rendu au milieu de la Virginie. C'était once upon a time le pays des Cherokees; ils n'ont plus de pays, mais ils ont des casinos....

La taille des feuilles diminue sur les arbres, et j'en vois de plus en plus qui n'ont pas encore de feuilles; c'est un vrai voyage dans le temps. Le paysage est encore vert tendre, mais je sens que demain il va prendre ses couleurs d'hiver. Alors pas de détour pour les cerisiers et encore moins pour le Blue Ridge; je rentre à la maison par le chemin le plus court.

Si tout se passe bien, il me reste un dodo sur la route, je devrais être alors dans le pays Amish en Pensylvanie, ou peut-être même près de New-York City and then, straight to Montreal!

Si je compte bien, je devrais donc coucher dans mon lit mardi soir (J'espère que quelqu'un aura pensé à monter le chauffage!)
Ah oui, la photo. C'est un coucher de soleil sur la baie de San Juan del Sur; je l'ai mise là pour vous rappeler qu'il y a une vie après l'hiver, même s'il est un peu long...

samedi 7 avril 2007

Spring has an identity crisis


C'est le diagnostic de "USA TODAY" sur ce printemps déboussolé qui vous fait souffrir et qui va me faire souffrir bientôt. C'est donc un cas de psychanalyse, et l'on sait que ça prend du temps.
Pour vous consoler, voici une photo de la "Laguna de Apoyo" . C'est un ancien cratère de volcan, près de Granada, un endroit que nous avons considéré lorsque nous cherchions une maison.
Je suis rendu à Tuscaloosa, Alabama. J'ai dû faire une petite attisée dans l'auto, le thermomètre n'a pas dépassé 10°C de la journée. Il faisait 35° avant-hier, 25° hier. Toute une descente dans l'échelle des valeurs! Ça ne fait rien, je continue; j'ai pensé un moment faire demi-tour et revenir plus tard, mais je sens que vous m'attendez avec tant d'impatience que je ne peux me décider à vous faire ce mauvais coup....
J'ai fait une bonne journée tranquille; je suis parti plus tard que prévu, à 11 heures. C'est la faute à la télé que j'ai regardé pour la première fois depuis longtemps. Il y avait ce film, vous savez celui qui raconte l'histoire d'un employé de FedEx ou UPS qui se ramasse tout seul sur une île déserte pendant 4 ans, après un accident d'avion. Le rôle du naufragé est magnifiquement interprété par Tom Hanks, et je ne me rappelle pas le titre ("Seul au monde" ou quelque chose du genre) C'est un film sur la solitude, et c'est pour ça qu'il m'a interpellé et que je l'ai regardé jusqu'à cette fin terrible où le personnage semble comprendre que la vraie solitude est celle que nous vivons tous les jours, parmi les nôtres.... Allez le louer, c'est un bon film. Je l'avais déjà vu, et je l'ai revu jusqu'à 2 heures du matin. C'est pour ça que je me suis levé tard!
J'ai traversé la Louisiane au complet, le Mississipi de travers et je suis en plein milieu de l'Alabama. Une route de rêve, peu de trafic, des paysages verts, peu de villes, de la forêt et de la campagne (champêtre, pas bucolique; vous vous rappelez?) J'aime conduire et j'aime rouler sur ces routes fabuleuses et sans fin des États-Unis; c'est un peu comme d'être condamné à rêver, sans avoir à se justifier de ne rien faire auprès de personne, et surtout de moi-même. Je vais quand même essayer de partir plus tôt demain histoire de m'acheter du temps pour les cerisiers de Washington, à moins que ce ne soit pour traverser le Blue-Ridge; on verra bien.
Souhaitez-moi de me coucher tôt. Joyeuses Pâques à toutes et tous.

vendredi 6 avril 2007

Good morning America!

Voilà, c'est fait. J'ai traversé le rio Bravo ce matin vers 10 heures pour entrer aux États-unis d'Amérique. À l'aller, il s'appelait le rio Grande, mais c'est le même fleuve que les américains appellent ainsi; les mexicains continuent de l'appeler "Bravo". Il marque la frontière entre les 2 pays depuis 1836, lorsque Sam Houston a foutu une pâtée mémorable à Santa Anna, à la bataille de San Jacinto. Le Mexique a réduit de moitié à cette occasion en perdant notamment le Texas; alors, faut pas en vouloir aux mexicains d'appeler le fleuve frontière du nom qu'ils veulent. Moi en tout cas je ne leur en veux pas, je l'ai traversé sans coup férir, peu importe son nom. Juste la douanière mexicaine qui m'a un peu gonflé pour annuler mon permis temporaire d'importation de mon auto; décidément, je n'ai pas de succès avec les filles.... Faut dire que je me promène depuis 3 mois avec un permis au nom de Pierre MarTin, et on a trouvé tous les deux que ça faisait désordre. Pour sa part, le douanier américain m'a salué d'un chaleureux "welcome home!". Là, je me suis demandé quelle sorte de bêtise vous avez encore faite pendant mon absence....
Pour la peine, je ne vous met pas de photo; ça vous apprendra à jouer avec la souveraineté du Canada!
Je suis rendu à Beaumont, Texas, à quelques minutes de la frontière de la Louisiane. Demain, je file vers l'est jusqu'à la Nouvelle-Orleans, je tourne à gauche et je file tout droit jusqu'à la maison; cap nord-nord-est sur Birmingham, Chattanooga, Knoxville et la route 81, c'est le raccourci que je compte prendre si la météo est avec moi.
Parlant de météo, je crois que je vous ai fait une promesse de gascon; je vous avais assurées que je ramènerai le soleil et la chaleur, et bien c'est raté! La chaleur m'a échappé dans un moment d'inattention, juste à côté de San-Jacinto alors que je pensais à cet incompétent de Santa Anna qui se prenait pour le Napoléon de l'Amérique et qui a soldé la moitié de son pays... Il me reste toujours le soleil, et je vous promets de le tenir solidement jusqu'à Montréal.
Quand même, Marie, c'est pas très charitable de me tirer la pipe parce que j'ai donné mon manteau! En plus me comparer à Saint Martin, ça je ne le prends pas. Si je me rappelle bien, il n'avait donné que la moitié du sien à un pauvre, ce que j'ai toujours trouvé un peu mesquin....
Bon, je vais me coucher, demain je sens que je vais faire une étape d'enfer sur des chemins en partie inconnus. L'aventure change d'intensité cependant; mon téléphone fonctionne, j'ai ma carte du CAA, je peux boire l'eau du robinet et il y a des motels et des postes d'essence à tous les coins de route. Je n'ai même presque pas besoin de consulter ma carte ni de conserver des petites coupures pour arroser les policiers!
J'arrive!

jeudi 5 avril 2007

Adios Mexico!


Jean-Pierre en train de regarder la parade! c'était lors de notre retour de San Juan del Sur, un pèlerinage en préparation de la Semaine Sainte.
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Je suis bien loin de ça, désormais; je vous écris de Matamoros, du côté mexicain de la frontière avec les USA où je passerai demain. La partie Latino de mon voyage est terminée, un peu plus de 3000 km au compteur depuis la Quinta Marita. Il m'en reste 4000 environ, mais ça va aller plus vite; d'abord, je vais prendre un raccourci, et ensuite, je vais faire des étapes plus longues. Un des problèmes en Amérique latine, lorsqu'on fait de la route, c'est qu'il faut déterminer l'étape à l'avance pour être sûr d'y trouver le gîte et le couvert dans des conditions décentes. Tenez, hier j'ai décidé d'étirer un peu l'élastique; parti de Veracruz, j'avais décidé de coucher à Poza Rica. Comme le trajet s'est bien passé et que j'étais en super forme, j'ai décidé de filer jusqu'à Tampico, soit 250 km de plus. En plus, je sais qu'il y a un Holiday-Inn à la sortie de la ville, en plein ce qu'il me faut pour être prêt le lendemain. Après m'être tapé les embouteillages de fin de journée dans la traversée de la ville, j'arrive enfin à l'hôtel, complet! C'est le début des congés de la Semaine Sainte! L'hôtel suivant est complet aussi! Il est 19 heures, c'est la brunante, le ciel est couvert de nuages traversé d'éclairs terribles, à mesure que je m'éloigne de la ville les maisons se raréfient et la ville suivante est à 200 km. J'arrive enfin à un motel isolé en plein champ. Je rentre à regrets, car comme vous le savez sûrement, au Mexique, les motels se louent à l'heure; se sont tous des hôtels de passe. Le propriétaire m'accueille, et sentant ma réticence m'invite à visiter la chambre pour conclure sa vente; c'est vrai que c'est une belle grande chambre moderne avec un grand lit et des grands miroirs, bien équipée pour servir ses fins scabreuses, avec même un garage privé pour cacher l'auto aux yeux des épouses jalouses. Le mec m'offre même de venir m'accompagner à un café internet pour vaincre ma dernière objection; quand je lui dis que j'en aurai pour 30 minutes au moins, il me répond "pas grave, ma mère va venir me chercher. C'est ma mère qui est propriétaire, je suis le gérant". Sa mère! Ça y est; il va me faire le coup de "Psycho"! Tout y est: le ciel, la nuit, le motel désert, il ne manquait que le rideau dans la douche, c'était une porte de verre. Ça fait rien, j'ai quand même tenu à parler à sa mère avant de m'installer, juste pour voir si elle était vivante. Ah oui, ils fournissent le condom de courtoisie, mais pas les filles, alors ne soyez pas jalouses.
Tout ça pour dire qu'aux États, je n'aurai pas besoin de planifier; j'ai juste à rouler tant que j'en aurai le goût, et arrêter quand ça me chantera, et je n'ai pas l'intention de traîner beaucoup dans ce pays, de toutes façons, j'en ai assez vu pour cette fois. S'il fait beau, et que les cerisiers sont en fleurs, j'arrêterai peut-être une journée à Washington; j'ai toujours été fasciné par ce contraste de la douceur induite par ces milliers de cerisiers fleuris dans cette capitale de la violence mondiale! Vous devriez aller voir ce spectacle au moins une fois si vous ne l'avez jamais vu...
Je ne vous parle pas de mon étape d'aujourd'hui, elle fut tout à fait insignifiante (mis à part que j'ai traversé le tropique du Cancer, cette fois dans le mauvais sens!); je pense que j'ai perdu momentanément le goût de découvrir de nouvelles choses. J'avais pensé arrêter luncher dans une communauté Mennonite, entre Tampico et Ciudad Victoria, mais je ne l'ai pas fait. Il y a une importante communauté mennonite installée ici; c'est la branche intelligente.... L'autre est installé en Saskachewan ou Alberta, vous voyez l'idée! À la place, j'ai arrêté dans une cantina, et ils m'ont offert le choix entre un café bouilli ou un café instantané! J'aurais vraiment dû faire le détour!
Demain, passage de l'avant-dernière frontière; j'espère qu'ils ne me piqueront ma provision de cigarettes à 1$ le paquet, ça va taxer mon budget de voyage....

mardi 3 avril 2007

6ème jour, repos!

Bon, on recommence. Je vous avais écris le plus joli message qui soit, le plus spirituel et sensible depuis que j’ai commencé à écrire ce blog, (France me dit que c’est blogUE en français; comme si je n’avais pas assez de Jacques Brouillet pour corriger mon français!) quand pouf! Il est parti dans les limbes! J’aurais dû m’en douter; je suis installé au bord de la piscine, en sirotant une Corona bien froide à votre santé à toutes (allez, tous pour les gars aussi) et ma connexion internet laisse un peu à désirer. On ne peut pas tout avoir!
Je recommence donc, mais ce sera plus court et moins spirituel, juste pour vous faire savoir que je suis vivant, en bonne santé et arrivé depuis hier à Veracruz. L’esprit c’est comme l’alcool (d’ailleurs c’est absolument un synonyme) l’abus engourdit les sens.
Je suis rendu de nouveau à Veracruz depuis hier soir. J’ai décidé de prendre une journée de farniente le 6ème jour; pas comme l’Autre qui s’arrêta le 7ème après avoir botché la job comme dit si bien Bertrand Russel : «Si je recevais la toute-puissance, avec des millions d'années pour expérimenter, je ne penserais pas à me vanter de l'Homme comme résultat de mes efforts. » Non, j’ai arrêté parce que je nourris simplement un amour immodéré pour cette ville comme vous savez, et je voulais juste vérifier si elle le méritait. Veracruz me fait penser à Montréal ; c’est une ville de 500 000 habitants, un des ports les plus importants du Mexique, actif depuis le XVIème siècle. Son quartier historique présente une architecture homogène et son Zocalo ressemble à la place Jacques Cartier avec des Mariachis. Jacques Cartier s’est vraiment planté de nous installer là-bas alors que la place ici était encore à prendre !
Mon voyage s’est déroulé comme un charme ; je roule désormais franc-nord et je me rapproche de vous à grande vitesse. Ne vous inquiétez pas cependant ; jusqu’à présent je n’ai pas avancé plus vite qu’à l’aller, si je vous en donne l’impression, c’est probablement parce que l’idée de retour implique un sentiment d’urgence totalement subjectif. Demain, j’allongerait le pas pour vrai ; je vais tenter de faire en un jour ce que je fis en 2 à l’aller. Comme je vais longer la mer toute la journée, je veux m’éviter les tentations. Faut quand même que je revienne après tout.
Hier j’ai fait de l’autoroute presque tout le long ; le vrai luxe ! Enfin, c’est comme ça qu’ils appellent ce genre de route à péage ; il y avait quand même des chars à bœufs, des ânes, des moutons qui rentraient tous seuls à la maison, des hommes à bicyclettes, un homme avec deux bicyclettes, des piétons venant d’on ne sait où, un grand store vertical qui fait un joli bruit quand on roule dessus. Il manquait juste le raton laveur pour faire penser à Prévert !
J’ai aussi enfin été arrêté par l’armée, ça commençait à me manquer ! Choc culturel : Bonjour, je suis le lieutenant Gonzalez, je vous contrôle dans le cadre d’une opération de vérification des armes et explosifs ; d’où venez-vous, où allez-vous, vos papiers SVP. Est-ce que les autorités mexicaines ont été courtoises avec vous ? J’en suis resté bouche bée et je l’ai fait répéter : est-ce que les autorités mexicaines ont été courtoises à votre égard ? Voilà, c’est bien ce que j’avais entendu. Comme je ne voulais pas lui faire de peine, je ne lui ai pas parlé du ripoux de Matamoros et je l’ai remercié pour sa sollicitude.
C’est un peu ça que je voulais vous dire l’autre jour en vous parlant des différences entre l’aller et le retour ; Lorsqu’on rentre au Mexique en venant du nord, on arrive carré dans le tiers monde. Lorsqu’on y rentre par le sud, on arrive en Amérique du nord, et c’est vraiment l’impression que j’ai eue. Guy, tu as tout faux avec ton exemple de Longueuil, à part peut-être pour la police qui, avec celle de Laval, a des fois des airs de parenté avec les flics du vrai sud…
Il fait chaud et humide ; si je réussis à publier ce message, je vais aller me rafraichir un peu dans ma chambre climatisée, et après direction le Zocalo pour un repas tranquille sur une terrasse. Je prendrai une ou deux Coronas bien froides en pensant à vous, et Marie, je te promets que je ramène le soleil avec moi.

dimanche 1 avril 2007

Dans mes traces



La route au Guatemala, tout près de la frontière Mexicaine, à Ciudad Cuauhtémoc. Nous sommes au fond d'un canyon vertigineux, et la rivière coule à 300 pieds plus bas. Il y a 34 croix, et elles portent plusieurs dates différentes, toutes assez récentes. Souvent, plusieurs membres de la même famille. Quand je vous dis que je vis dangereusement!
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Je m'en suis encore mis plein les mirettes! C'est décidé; le retour je le fais en char à boeufs, et je ne conduis pas. Je regarde et j'admire ces paysages fabuleux jusqu'à m'en user les yeux. J'ai regretté mille fois de ne pas vous avoir avec moi pour partager à vif ces moments privilégiés. Je pense même que j'aurai supporté vos appels à la prudence qui m'irritent tant d'habitude.
Je suis parti tard ce matin, victime d'un excellent canular de 1er avril de mon ami Jean-Pierre. J'ai pris la route vers 9 heures 15, alors que j'étais prêt à partir dès 8 heures. C'est pas bien grave, après tout je suis en vacances définitives, et rien ne pressera jamais plus, sauf ce rendez-vous aléatoire avec vous, mes admiratrices. Les mecs, je vous aime pareil, mais vu que vous ne m'écrivez pas, ou si peu, je préfère parler aux filles qui elles m'écrivent de temps à autres. Voilà.
J'ai donc quitté Guatemala-Ciudad, Guaté pour les intimes, ce matin et je suis arrivé à Tuxtla-Gutierrez vers 19 heures. Oui, j'ai roulé la nuit, mais fallait bien arriver quelque part... À part un petit bout au nord de la frontière, pas une seule ligne droite; une vrai route de montagne en lacets, à peu près 3 millions de virages pris à fond la caisse. J'ai une très bonne voiture, merci Anne-Louise; elle dérape franchement des quatre roues, et elle revient docilement dans le droit chemin. J'ai eu l'occasion de l'expérimenter souvent, surtout sur des tronçons de routes en réparation, couvert de petit gravier fin. J'ai découvert à cette occasion que c'est mieux de déraper du côté de la montagne que du côté du ravin! Essayez et vous verrez ce que je veux dire. Je ne me lasse pas de le dire, mais les paysages sont proprement fantastiques; ces montagnes volcaniques escarpées, couvertes de végétation tropicale paraissent bordées de dentelles. On distingue clairement la ligne des arbres au sommet, et ça fait des paysages uniques et typiques à cette région.
J'ai pensé coucher à San Cristòbal de las Casas; j'ai raté l'étape à l'aller, et je l'ai finalement écartée au retour. Trop tard, d'abord, et ensuite j'ai trouvé qu'il faisait froid ( 17°C à 18 heures) et sombre (nous sommes à 1500 mètres d'altitude) Le ciel était couvert de nuages, et j'ai essuyé la première pluie depuis janvier. Alors j'ai filé jusqu'à Tuxtla, 80 km de moins à faire demain. Quelle bonne idée que j'ai eue! La route de San Cristòbal à Tuxtla est accrochée à flanc de montagne (elle aussi) et elle offre des paysages dantesques; malgré la brunante, on distinguait très bien la vallée en bas, sous un ciel échevelé où l'on voyait à la fois du bleu et des nuages fantasmagoriques éclairés par le soleil couchant. Il y a même eu des éclairs en altitude; je crois que je n'oublierai jamais ce spectacle!
Je marche dans mes pas depuis hier, et je vais continuer jusqu'à la frontière des USA; on ne peut pas tout voir, et il y a quelque chose de magique à repasser dans ses traces. On voit les mêmes choses mais différemment; probablement l'acclimatation à cette vie du sud. Demain je pars pour Veracruz (à moins que je ne change d'idée!) Je suis vraiment amoureux de cette ville, alors il faut que je vérifie.... Après, je fouette les chevaux, et il se pourrait que j'arrive à Montréal bien avant que prévu. À suivre....
J'oubliais; depuis mon entrée au Mexique, je suis enfin assuré. C'est trivial, mais j'ai eu à l'occasion des petits malaises à rouler sans assurances; je vais enfin pouvoir rouler sans craindre de me voir emprisonner en cas d'accident. Ça fait du bien.
Je ne vous ai pas parlé du passage de la frontière, c'est parce qu'il n'y a rien à dire; je suis passé comme un charme et ça ne m'a rien coûté. Les douaniers mexicains sont en moyens de pression pour le salaire et la sécurité d'emploi, et ceci explique peut-être cela. Faudrait quand même que je vous raconte ce village frontière, La Mesilla d'un bord, et Cuauhtémoc de l'autre; mieux, il faudrait qu'on y retourne ensemble, si vous me promettez de ne pas faire de crise d'angoisse dans ce vrai coupe-gorge....
À demain, à Veracruz ou ailleurs. Continuez à m'écrire, je ne me lasse pas de vous lire.

samedi 31 mars 2007

Copàn


Les restes majestueux d'une des grandes pyramides qui entourent la grande place. Le péon, c'est Modesto, mon guide qui m'a tellement aimé qu'il m'a fait monter sur toutes les pyramides. J'ai d'autres photos, mais allez voir Copan sur internet plutôt; c'était l'Athènes du monde Maya.
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Quelle récompense après une matinée merdique! Copàn tout seul mérite ce voyage; le site est d'une richesse inouïe, et seulement une toute petite partie a été mise en valeur; les archéologues du monde entier continuent leurs recherches, à mesure que les budgets sont disponibles. Il y avait très peu de monde, alors je me suis payé un guide pour moi tout seul, et il m'a fait la totale; peut-être voulait-il tester mes jambes de sexagénaire gringo et fumeur, mais il m'en a donné pour mon argent. Nous avons escaladé tout ce qui était escaladable et marché tous les souterrains pour nous rafraîchir. Modesto est guide depuis 35 ans à Copàn, et il connaît son sujet; nous sommes allés prendre une petite bière à la fin du marathon, puis une autre parce que la première était vraiment bien petite.
J'ai eu un vrai cours accéléré sur la civilisation Maya, mais aussi sur la vie ordinaire d'aujourd'hui au Honduras. La semaine dernière, les paysans ont barré la seule route d'accès à Copàn, pour demander au gouvernement de tenir ses promesses; la police a ouvert la route au bout de trois jours, 12 campesinos blessés, et 3 disparus. Le Honduras est un sale pays; avec le Guatemala, il représente parfaitement ce qui arrive à un peuple lorsque un gouvernement choisit la répression plutôt que le dialogue social. Ces 2 pays consacrent une partie substantielle de leur budget à la police et à l'armée, et le seul résultat qu'ils obtiennent c'est une augmentation de la criminalité et de la délinquance. Depuis le début de l'année, il y a eu 13 assassinats dans une seule prison de Tegucigalpa! Pour amuser le peuple, pendant ce temps, le gouvernement lance des débats sur l'heure d'été (dans ce pays où il y a une différence d'une heure dans les journées entre l'été et l'hiver!) ou encore sur la cigarette dans les lieux publics! Le peuple crève de faim, mais les vieilles recettes continuent de fonctionner.... Ici comme ailleurs.
J'ai connu une matinée merdique vous disais-je en commençant; presque 4 heures pour faire 167 km. J'ai commencé par me faire piéger comme un enfant d'école par un policier véreux (En Amérique centrale, c'est un pléonasme) Il m'a arrêté juste après un péage, juste avant que je ne range la liasse de billets que j'avais sortie au complet pour acquitter les droits. Grave erreur, j'ai vu ses dents s'allonger pendant que j'essayais de ranger mes 6 millions de Lempiras (18 dollars et 50) Je lui ai offert 5$, il m'a joué le grand jeu de l'incorruptible en me menaçant de la prison, alors on a réglé pour 15$, mais j'ai eu chaud, pas juste à cause des 35°C qu'il faisait à 8 heures ce matin. C'est mon record à vie (pas la température, le montant de la corruption!)
Ensuite, je me suis tapé la pire route du voyage. Vous avez sans doute tous vu les photos de la plus dangereuse route du monde, à l'occasion du décès récent de ce jeune québécois, en Bolivie. Et bien, le dernier tronçon de la route qui relie San Pedro Sula à Copàn est presque pareil, sauf qu'il est asphalté, heureusement. Ils ont probablement utilisé les chemins Mayas pour les transformer en routes, ce qui pourrait donner une explication sur la disparition de cette civilisation! C'est une joke! Les Mayas ont disparu parce qu'ils ont épuisé leurs ressources naturelles, alors ils sont partis ailleurs; c'est Modesto qui me l'a dit, et il s'agirait de la théorie la plus documentée à ce jour.
Je suis arrivé à midi, et sur les conseils d'une amie chère, j'ai pris une chambre dans une petite auberge typique, parce que c'est là qu'on peut rencontrer du monde sympathique pour échanger sur nos expériences de voyage. J'ai rencontré du monde sympathique, j'ai échangé et je me suis couché à minuit passé. Il y a 2 groupes dans le monde sympathique; il y a ceux qui se couchent à 2 heures du matin, et ceux qui se lèvent à 5 heures. Le problème, s'est quand ils sont tous les deux dans la même auberge que moi. Alors, ce soir, je suis à Guatemala-City, et j'ai pris un grand hôtel totalement pompeux, où je n'ai rencontré personne, où je vais me coucher à 9 heures pour me lever quand je me réveillerai, en forme pour quitter l'Amérique centrale et faire mon entrée au Mexique d'où je vous enverrai mon prochain message, connexion internet aidant.
Ne vous égarez pas; j'ai relu mon texte qui me semble assez plaignard, mais ce n'est pas du tout l'impression que je souhaite vous communiquer; ça va bien. Je fais le voyage que j'ai voulu faire, et il se déroule plutôt bien; à tout moment, surtout après ces petits incidents que je vous conte pour mettre du piquant dans mes chroniques, je me prends à sourire tout seul d'un sourire béat, regrettant seulement de n'avoir pas de public ou de complice pour en rire franchement.
Demain, manana, Mexico et le Chiapas, un autre endroit où l'on vit dangereusement; j'ai vu dans le journal qu'ils y ont annulé le concours de miss Univers pour raison de troubles appréhendés. Ça promet! Si vous n'avez pas de nouvelles de moi d'ici 3 jours, ne payez pas la rançon! Ramassez plutôt l'argent et buvez-le (n'oubliez pas de m'envoyer des cigarettes!)

jeudi 29 mars 2007

Et c'est reparti!


Voilà Charlatan! Je l'ai photographié pendant qu'il dormait, pour ne pas trop vous effrayer... On pourra dire ce qu'on voudra sur notre tendance à faire de l'anthropomorphisme ou à prêter des sentiments aux animaux, mais ce chat (ou ce bébé jaguar, qui sait) a passé toute la nuit avec moi, et il est resté à mes côtés pendant que je prenais mon café ce matin, tout comme s'il avait su que je le quittais pour longtemps. Nous nous connaissons depuis seulement 3 semaines... (En passant, remarquez ces petites touffes de poils suspectes au bout de ses oreilles!)
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J'ai finalement tenu parole; je suis parti comme prévu ce matin à 7 heures, dans la tristesse générale. Nous étions tous émus: Leticia, Emer, Emercito, moi-même et aussi Jean-Pierre qui s'est levé à 6 heures du matin (rassurez-vous, il s'est recouché pour se relever à 7 heures...) Je crois que nous avons créé une nouvelle et vraie communauté autour de cette maison.
Je suis rendu à San Pedro Sula, Honduras. 11 heures de route et seulement 615 km. Je voulais me rendre à Copan, ce sera pour demain. J'ai arrêté à 17 heures 30 à 2 heures du but, juste avant la nuit.
N'allez pas au Honduras, ou attendez 2 ou 300 ans avant de venir, le temps que ce beau pays accède à la civilisation. Si vous décidez quand même de venir, au moins ne conduisez pas; je crois que j'ai découvert les pires conducteurs de la planète. Ils conduisent de mal à très mal et en plus, ils sont suicidaires. Ici, les doubles lignes jaunes servent seulement de décoration; lorsqu'il y a de la place pour 2, on passe à 3 et quand il y a place pour 3, on passe à 4. Le Honduras est un pays montagneux qui semble plissé d'est en ouest. Comme je roule franc nord, j'ai traversé au moins 6 cols assez élevés par des routes en lacets, virages en épingle et à pics vertigineux. La route est assez belle mais encombrée de poids-lourds qui se traînent dans ces montées. Alors on les dépasse n'importe où, n'importe comment, n'importe quand. À Rome, on fait comme les romains, alors j'ai fait un romain de moi-même; j'ai connu cent fois le doux frisson d'arriver face à face avec un 18 roues et de le voir se tasser poliment à ras des rétroviseurs. Personne ne se plaint, c'est ainsi que l'on conduit ici. Au barème du Québec, j'ai dû économiser au moins 2500 points de démérite! La police n'en a cure, elle est occupée à faire des barrages; j'en ai passé 15 sur 600 km, et ils m'ont arrêté une seule fois et je n'ai rien payé, toujours ça de gagné sur mon budget de corruption....
Les paysages, ce que j'ai pu en voir, sont splendides; hautes montagnes abruptes couvertes de forêts de pins, entrecoupées de vallées fertiles; ça vaut vraiment le coup d'oeil. Dommage que tout ça soit gâché par le climat de violence qui sévit dans tout le pays... Il y a un centre d'achat collé sur mon hôtel; chaque boutique est gardée par un homme lourdement armé. L'affiche à la banque demande aux clients de déposer leurs armes à l'entrée!
Ce climat de violence dure dans ce pays d'aussi loin que je me rappelle; difficile de prévoir s'il va finir un jour.
J'ai connu quand même un beau moment de voyage, paradoxalement au passage de la frontière; des douaniers souriants et de bonne humeur, ce qui est déjà remarquable, et mon guide Alejandro. Je vous ai déjà parlé de ces guides; ils s'agit de gens qui se chargent de nous guider à travers le lourd processus bureaucratique de la sortie d'un pays et de l'entrée dans l'autre. En fait, ils font le travail à notre place contre une petite rémunération, et ils sont hautement acceptés par les douaniers car ils facilitent gratuitement le leur. Pendant qu'Alejandro se chargeait des formalités, un petit groupe d'enfants, probablement des apprentis guides, s'est rassemblé autour de moi pour me soutirer quelques sous. Leur entrée en matière est imparable: ils sont tous orphelins et ils ont tous faim. Je me suis assis avec eux (les formalités ont duré une heure) et nous avons parlé de choses et d'autres, et notamment de pauvreté. Quand ils ont su que je n'avais pas d'enfants, ils se sont tous portés volontaires pour être adoptés; j'ai décliné l'offre avec peine tant ils étaient charmants. Ils ont quand même atteint un de leurs objectifs, je leur ai offert le repas à la cantine; je les ai laissés tellement et visiblement heureux que je m'en suis voulu de ne pas les avoir adoptés tous séance tenante.
Demain je vais à Copan (Honduras) visiter les ruines Mayas; on dit qu'il s'agit des plus significatives de cette civilisation. Je vous en parle dès que j'en aurai l'occasion.
Merci pour vos nombreux messages et pour votre chaleur communicative; ne soyez pas jalouses, la mamma c'était juste pour vous provoquer, encore que, à bien y penser....

dimanche 25 mars 2007

Petits riens (suite)



San-Juan del Sur

Encore une mauvaise photo prise depuis la terrasse de la pension où j'ai séjourné, un jour de visite d'un voilier de croisière, mais vous voyez l'idée....

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J'ai passé le week-end à San-Juan del Sur, mon deuxième, cette fois en compagnie de Jean-Pierre. C'est la plage à la mode du Nicaragua; le paradis des agents d'immeuble et le miroir aux alouettes des gringos. C'est aussi le scénario habituel largement éprouvé au Mexique et dans les Caraïbes: petit village de pêcheurs, belle baie bien abritée et superbe vue, pêcheurs pauvres, développeurs aux aguets et quantité de riches amateurs de paradis tropicaux exclusifs. C'est comme si une bombe atomique était tombée sur la communauté. Les heureux propriétaires de maisons ou de terrains les vendent à prix d'or aux riches étrangers, et les pauvres locataires déménagent à la campagne où, comme chacun sait, l'air est plus sain et moins humide qu'au bord de la mer. En plus, ils peuvent enfin lâcher la pêche pour se reconvertir dans la construction ou dans la restauration. Les maisons à 500 000 dollars poussent comme des champignons sur les hauteurs, et une rangée de bars et restaurants est venue occulter le bord de mer, le "Malecon" comme on l'appelle dans les pays latinos. C'est le progrès économique dans toute sa magnificence et toute sa sauvagerie qui s'abat sur le village; difficile de porter un jugement sur les effets de ce genre de bouleversement, mais c'est un vrai changement de vie pour les habitants.

Nous étions hébergés chez Anita, propriétaire d'une énorme et belle maison dans le village, à 50 mètres de la mer, une maison comme seuls les italiens de goût savent les décorer. La photo a été prise depuis son mirador sur le toit. Anita est une mamma italienne que je vais sûrement marier, surtout si vous continuez à me bouder comme vous le faites depuis quelques jours.... Tant pis pour vous! Voilà bientôt une semaine que je vous dis que je serai à Montréal vers la mi-avril, et j'ai seulement reçu 2 commentaires.... Je sais que mon blog devient un peu ennuyant et répétitif, mais je pensais que l'amitié que je vous porte vous rendrait plus indulgentes à mon égard... Enfin, pour revenir à Anita, elle tient pension dans le village; 4 superbes chambres qu'elle loue 40$ par jour, petit déjeuner inclus. La qualité de sa clientèle rend les petits déjeuners extrêmement intéressants; c'est le dernier salon où l'on cause, version tropiques. J'y retournerai; pour la mer bien sûr, pour ces distrayants petits-déjeuners et pour Anita, cette mamma d'anthologie

De retour à la maison, Jean-Pierre a terminé le vaste projet de refaire l'éclairage de la gloriette. Nous l'avons inauguré hier soir et elle est désormais prête à vous accueillir, brillant de mille feux grâce au talent unique de Jean-Pierre. Elle est maintenant parfaite et il n'y manque que vous!

Je déteste partir. Tant de choses à faire et l'inquiétude fallacieuse d'en oublier; toutes ces petites choses en cours d'exécution qu'on doit suspendre jusqu'au retour toujours incertain, et cette douceur de vivre à laquelle je me suis vite habitué et que je vais abandonner, pour peu de temps j'espère.... Demain, dès l'aube, je partirai... À moins que ce ne soit après-demain!

Je vais à nouveau être à la merci des connexions internet pour un certain temps, mais je vais essayer très fort de vous tenir informées pendant ce voyage que je prévois plus court qu'à l'aller. J'ai l'intention de passer le Honduras et le Guatemala à la vitesse de l'éclair. Selon mes états d'âme, il se pourrait que je traîne un peu dans le Chiapas avant de m'éclater à 140 km/heure aux États-Unis pour vite vous revenir!

Pour tout de suite, je me laisse aller à la mélancolie de ce départ.

vendredi 23 mars 2007

Petits riens



Voici Emer junior, aussi appelé Emercito, fils d'Emer notre jardinier. Non, il n'est pas en prison, il fait la sieste là où il est tombé de sommeil, dans la buanderie.

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Vendredi soir, à la maison. Nous arrivons du restaurant "La cueva del Buzo", à 10 minutes de chez-nous, notre plus belle découverte depuis mon arrivée à Managua; probablement aussi le secret le mieux gardé. Service totalement pourri, mais un grand chef en cuisine. J'ai décidé de l'adopter et c'est là que je vous amènerai dîner si vous venez me voir. C'est selon moi la meilleure table du pays (jusque à ce que je découvre la prochaine!)

Nous aurions aussi bien pu dîner dans la gloriette en cette superbe soirée; Jean-Pierre est en train de terminer l'éclairage et c'est un pur ravissement que d'y veiller en bonne compagnie.

Mon séjour touche à sa fin; les choses sont en place, les travaux lourds vont bientôt commencer. Jean-Pierre va en assurer le démarrage, je viendrai le remplacer fin avril et les autres partenaires prendront la suite. Cette maison, déjà facile à vivre, va devenir un petit paradis tropical. Les mangues mûrissent tranquillement; on dirait qu'elles deviennent moins menaçantes, comme si elles avaient renoncé à se défendre tant elles sont désormais convaincues qu'elles finiront mangées par ceux qu'elles n'ont pas réussi à éliminer. Les premières bananes viennent d'éclore; le spectacle est magique pour le faux nordique que je suis. L'énorme fleur s'ouvre pétale après pétale pour découvrir le régime rangée par rangée. Comme pour les mangues et les avocats, nous en aurons plus que nous ne pourrons en manger. Nous en donnerons et, hélas, nous en jetterons....

Demain, nous partons pour le week-end à San Juan del Sur. Jean-Pierre y a des amis, et nous allons profiter de ma voiture pour une dernière fois. J'y ai déjà passé 3 journées magnifiques, et je n'aimerais pas en occulter le souvenir. Je verrai si je fais bien d'y retourner si tôt.

Mercredi prochain je partirai pour le grand voyage de retour. Seul à nouveau sur ces chemins que je commence à connaître. J'ai prévu peu d'arrêts; Copan (Honduras) sûrement, et après au Chiapas. Je ne sais pas encore si j'opterai pour la cote du Pacifique ou si je retournerai à Veracruz dont je suis tombé amoureux. Je vais traverser le Guatemala aussi vite que possible; plus que les autres pays de la région, c'est un état presque de non-droit où la violence est un mode banal de résolution des litiges. Récemment, 3 députés salvadoriens y ont été assassinés par des policiers. Les 4 policiers ont été arrêtés et, dès le lendemain, on les a retrouvés égorgés dans leur cellule.... Comme vous pouvez voir, je vais vivre dangereusement ces prochains jours! Je me rattraperai en allant contempler les cerisiers en fleur de Washington, et en flânant dans le printemps du Maryland.

Si je survis à tous ces risques, je devrais arriver à Montréal à la mi-avril ou plus tard, selon les événements ou les rencontres de passage. Comme notre gardien est tombé amoureux de mon manteau d'hiver, j'arriverai légèrement vêtu. Je compte sur vous pour que le printemps soit précoce et doux pour l'homme du sud que je me sens devenir.

Je prévois rester 2 semaines seulement avec vous, et repartir en avion pour le Nicaragua où je resterai environ 2 mois. Je pense aussi pouvoir être plus assidu dans la rédaction de ce blog pendant le voyage. Stay tuned.

mercredi 21 mars 2007

Le permis


Dans le guide, ils conseillent d'avoir un véhicule à 4 roues motrices pour aller là; avoir su, j'aurais aussi pris une chaloupe, mais nous sommes passés quand même. Sur la gauche, hors de la photo, le camion n'a pas passé. On ne les a pas photographiés pour pas leur faire honte....
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J'ai obtenu mon permis d'importation temporaire de ma voiture, je vais donc pouvoir continuer à l'utiliser légalement jusqu'à mon départ. Je vous en ai parlé dans mon dernier message; pour rouler dans une voiture étrangère dans la plupart des pays de la région, il faut obtenir ce permis qui est accordé pour un mois, et renouvelable une seule fois. Ils ont naturellement refusé de me le renouveler une deuxième fois, malgré tous mes efforts de persuasion. À ma décharge, il faut bien dire que c'est dur de soudoyer un fonctionnaire d'un service qui est aussi chargé de la répression de la corruption!!! Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je me suis résigné à finir mon séjour dans l'illégalité, puisque mon permis échéait (cela se dit-il ainsi?) le 18 mars dernier.
Puis j'ai eu honte de moi. La résignation, la soumission, le renoncement, comme vous le savez, ce sont des sentiments qui ne me ressemblent guère; il faut se battre contre l'adversité me dis-je, ne serait-ce que pour me prouver à moi-même qu'on peut être à la fois dilettante et combatif. J'ai donc fait un homme de moi, et je suis parti pour la frontière du Costa-Rica afin d'essayer de convaincre un douanier de m'accorder ce permis. Ce fut une douanière tout aussi incorruptible que l'autre fonctionnaire qui m'apprit que non seulement elle ne pouvait pas me le renouveler, mais encore que si j'avais l'intention de traverser la frontière, il faudrait que je m'absente pendant au moins trois jours avant de solliciter un nouveau permis! J'ai donc encore une fois dû faire ce que ma morale réprouve; j'ai engagé un corrupteur, je suis allé déjeuner sur une plage sympathique du Costa-Rica et je suis revenu à la frontière vers 18 heures, après le changement d'équipe. Traitement VIP, no question asked, et j'ai un beau permis tout neuf valable jusqu'au 16 avril!!!
Je suis totalement soufflé par la quantité de policiers qu'il faut corrompre quand on roule en voiture dans les pays de la région; en fait, ils étaient sûrement déjà corrompus avant même de me connaître... Ce matin même, j'ai été arrêté par un policier honnête qui ne m'a rien demandé; j'étais tellement surpris que je lui ai donné deux dollars pour le remercier. Ainsi va aussi la vie sous les tropiques!
Je vais bientôt repartir comme je vous l'annonçais dans mon dernier message; dans quelques jours, dès que les choses seront placées ici. Comme à l'aller, j'aurais plus de loisirs pour vous écrire, solitude (et sobriété!) aidant. J'ai plein de sujets que j'ai laissé tomber faute de volonté dans ce pays où il est facile de se laisser vivre; peut-être en développerais-je quelques-uns pendant le voyage de retour...
Restez branchées, on ne sait jamais!!!

dimanche 4 mars 2007

Pleine lune et autres petites choses



Vue de Managua depuis la terrasse du restaurant "El Intermezzo del bosque". Situé dans les collines de la banlieue sud. Agrandissez la photo en cliquant dessus ou plissez les yeux ou faites les deux; vous pourrez voir la ville et le lac de Managua à mes pieds. La brume de chaleur est permanente et gâche la vie du piètre photographe que je suis.
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C'est ma deuxième pleine lune depuis mon arrivée ici; je l'ai vue monter hier soir dans un ciel clair, je l'ai revue ce matin à 6 heures, éclatante de blancheur malgré le jour naissant. Il fait encore beau; désespérément beau devrais-je dire pour mes pauvres admiratrices québécoises plongées jusqu'au cou dans la neige et le froid de cet interminable hiver. Il fait beau tous les jours; à peine avons-nous eu une petite ondée de quelques minutes en deux mois... Une pissade (à moins que ce ne soit une pisserade) de cigale comme dirait mon ami Jean-Pierre. Les journées sont chaudes, rafraîchies cependant par cette petite brise constante qui nous vient des Alizés, les soirées et les nuits sont idéalement fraîches; on pourrait se lasser de cette uniformité, mais pourrions-nous vraiment nous lasser du paradis? Grave question que je soumets à notre réflexion.
Notre ami Marc est avec nous depuis bientôt une semaine, et il est tombé sous le charme lui aussi. Faut dire qu'en arrivant, il a rétabli le niveau du stock de Ricard qui commençait sérieusement à diminuer. Pour la peine, nous lui avons donné une promotion; à partir de maintenant, il est aussi V.-P. coloriste, ambiance et cadre de vie. Forcément, le stock de Ricard est reparti à la baisse; il fallait bien fêter ça! Heureusement, Marc-André arrive aujourd'hui avec du nouveau stock...

12 mars 2007
Manana; ça se prononce "maniana" comme vous le savez, et ça veut dire "demain", comme vous le savez aussi. Voilà presque 15 jours que je finis par dire ça en pensant à ce blog; vous avez recommencé à m'engueuler comme d'habitude, alors, pour vous calmer les nerfs je vais devoir publier quelque chose juste pour que vous sachiez que j'existe encore. Comme de raison, ça sera complètement éclaté, et je vais encore devoir laisser de côté le sujet de fond que j'avais annoncé dans mon dernier message, faute de temps pour réfléchir. Manana, c'est aussi ce que tout le monde nous dit pour bien nous faire comprendre que c'est vraiment très bientôt qu'ils vont nous faire le truc qu'ils nous avaient promis pour hier. Ricard aidant, j'ai fini par trouver ça vraiment cool. Pourquoi faire aujourd'hui ce qui peut aussi bien être fait demain? De toute façon, il fait toujours beau et chaud, et le frigo produit tous les glaçons qu'il faut pour accompagner notre bonheur.
Tout ça pour vous dire que les choses avancent lentement, et que ça me dérange pas mal moins après deux mois de séjour ici. Alors, vu que mes associés sont ici, j'en ai profité pour prendre quelques jours de vacances, et comme j'y ais pris goût, je vais en reprendre deux ou trois autres très bientôt. Je suis allé en villégiature à Granada, qui est la plus vieille ville des Amériques. Ce voyage mérite à lui seul une chronique, alors ce sera pour la prochaine fois. Sachez seulement que j'y ai passé les meilleurs moments de ce voyage.
Charlatan m'a fait la fête à mon retour; il a dormi dans mon lit, moi aussi, mais juste un peu moins que lui. Ce soir je fermerai la porte. Finalement, il est possible que ce soit un chat normal, pas sûr, mais possible; j'ai vu son cousin à Granada et ça m'a un peu rassuré. Il reste que ces petites touffes de poil au bout des oreilles, ainsi qu'un je ne sais quoi dans le regard méritent que je réserve encore mon jugement.
Je vais devoir quitter ce pays pour retourner à la maison plus vite que je le pensais; je suis incapable de renouveler mon permis d'importation temporaire de ma voiture. J'ai essayé très fort, mais il n'y a rien à faire, je vous raconterai. J'avais prévu partir début avril, je partirai vers le 25 mars. Ce n'est pas dramatique, mais les choses commencent à se précipiter. La bonne nouvelle, c'est que j'aurai plus de temps pour vous écrire sur tous ces sujets que je laisse en suspens faute de temps.
Je repars en vacances pour 2 ou trois jours, et je vous reviens très vite après.







lundi 26 février 2007

Charlatan


Le cratère du volcan Santiago vu de -très- près. Derrière le rocher, les feux de l'enfer....
Les gardiens du parc nous demandent de tourner nos véhicules en direction de la descente pour être prêts à partir vite en cas d'un accès d'humeur de ce volcan qui fume ainsi depuis 350 ans.
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Encore une fois, la photo n'a rien à voir avec le titre; c'est juste que j'ai fini par trouver qu'une photo, c'est vraiment chic dans un blog... Je n'en prends pas beaucoup, aussi bien vous les montrer chaque fois que j'en ai l'occasion.
Le Nicaragua est un petit pays, de peu d'intérêt stratégique aujourd'hui. Il n'en a pas toujours été ainsi. Depuis sa "découverte", lire sa colonisation en 1524, il a été soumis aux volontés impérialistes de la plupart des pays "développés". L'Espagne, l'Angleterre puis les États-Unis Amérique ont essayé d'occuper ce territoire. Devinez quoi? Les États-Unis ont gagné! Ils occupèrent ce pays pendant 20 ans, ce qui est peu de temps dans la vie de l'humanité mais beaucoup dans l'histoire d'une nation. Ils continuent à assurer une influence prépondérante sur sa vie sociale et économique, en ligne directe avec les orientations dictées par la doctrine Monroe. L'Amérique centrale est la cour arrière des États-Unis, et tout ce qui s'y passe doit recevoir leur assentiment. Mieux vaut une dictature qu'ils contrôlent qu'une démocratie qui peut aller Dieu sait où! Ce pays pourrait un jour devenir une alternative économiquement rentable au canal de Panama, il est impératif pour eux d'y conserver une influence décisive.
Bon, j'y reviendrai, mais ce n'est pas de ça dont je voulais vous parler. Nous avons un nouveau pensionnaire dans notre maison; un bébé chat dont la mission sera de chasser les mulots effrontés qui entrent sans permission. Voilà 3 jours que nous l'avons et déjà on peut mesurer son efficacité. Les mulots ont exercé un repli stratégique. Je sais qu'ils reviendront dans cette maison de plain pied largement ouverte sur la nature, mais nous avons gagné la première manche, hors de tout doute.
En parlant de doute, j'en ai eu un sérieux en l'observant; c'est un beau bébé chat, juste sevré. Il est de couleur fauve assez foncée presque noir, grosses pattes avec des griffes conséquentes, face triangulaire assez fine, canines développées, yeux jaunes et queue courte et droite. Finalement, il est musclé comme un lutteur de foire, et surtout, c'est ce qui a provoqué mon doute, il a une amorce de touffes de poils qui couronnent ses oreilles... Depuis que nous l'avons, je passe mon temps à consulter internet pour voir à quoi ressemblent les bébés jaguar, pumas et autres félins qui peuplent les forêts environnantes, on ne sait jamais. Je continue à l'observer attentivement et je vous enverrai une photo à la première occasion. En attendant, je vais acheter des cartouches de gros calibre pour l'escopette, parce que vraiment, les grosses pattes et les grandes griffes et les poils sur les oreilles, ça fait réfléchir même l'imprudent que je suis! Au fait, il s'appelle Charlatan en attendant mieux.
Je ne voulais pas vous parler de ça non plus, je fais du remplissage en attendant. Il fait 38°C, Marc notre 4ème associé est arrivé hier et il se détend dans la piscine. Je garde le sujet dont je voulais vous entretenir pour la prochaine fois; en attendant, je vais aller lire à l'ombre en dégustant une citronnade bien fraîche et en compatissant avec toi, "hypocrite lecteur, mon semblable mon frère".
Voilà, je viens de me rappeler mon sujet du jour, mais il est trop tard pour aujourd'hui. Je vous en parle la prochaine fois, promis.

mercredi 21 février 2007

Vague de froid



Lui, c'est Emer, fils d'Emer et de Leticia qui travaillent sur notre propriété. On l'appelle Emercito pour le distinguer de son père. Il s'est mis à pleurer lorsque je l'ai photographié, sûrement à cause de l'émotion de la première photo, ou d'admiration devant le photographe...

Nous venons de subir notre première vague de froid; il a fait 16°C dans les montagnes, 22°C dans la gloriette à 10 heures du soir. Les médias se sont déchaînés contre les états du nord qui nous envoient leurs surplus de froid; ils ont aussi évoqué "El Nino" et le réchauffement climatique. Je suis fasciné par la mondialisation de l'information; où que l'on soit dans le monde, les journaux traitent des mêmes sujets, au même moment et avec la même superficialité et le même sensationnalisme... La "vague de froid" a duré 24 heures, les journaux ont repris le ron-ron du terrorisme, El Qaeda et la misère des entreprises aux prises avec une fiscalité contre-productive... Daniel Ortega parle de limiter les hausses de salaire des députés qui gagnent 3000US$ par mois. Le salaire minimum tourne autour de 60US$. Faites le calcul et transposez au Québec; avec un salaire minimum à 17 000$ par année, nos députés devraient gagner chacun 850 000$. Ça pourrait faire un bon slogan pour la présente campagne électorale! Au contraire, Mario Dumont pourrait proposer un salaire minimum à 2000$ par année en s'appuyant sur l'exemple du Nicaragua ou des autres pays de la région.

Voilà longtemps que je vous ai écrit pour la dernière fois; arrêtez de m'engueuler en coeur! Je vous aime toujours autant, c'est juste que je suis emporté par le tourbillon de la visite. Je suis presque tous les mardi à l'aéroport de Managua pour accueillir quelqu'un; les hôtesses de Transat (très gentilles et jolies) me prennent pour un concurrent clandestin... Mardi dernier, c'est Jean-Pierre lui même qui est enfin arrivé avec bien sûr le pastis en prime. Pour ceux qui le connaissent (et dieu sait s'ils sont nombreux) vous comprendrez qu'il m'est de plus en plus difficile de trouver le temps et la sérénité requis pour écrire ce blog.... Ajoutez le pastis, et me voilà confronté à un tout nouveau paradigme (pan, je l'ai placé!) Avant, c'était juste le vin et occasionnellement le rhum; maintenant, c'est le pastis, le vin ET le rhum. Je vous ai déjà dit dans une chronique précédente les effets pervers de l'alcool sur mon écriture; et bien, ça se confirme. Il est de toute première importance d'interdire l'alcool à tous ceux qui écrivent, je le répète; ça devrait même être l'enjeu principal de la présente campagne électorale. Comme ça nous aurions au moins un enjeu sérieux dans cette campagne qui risque de passer à l'histoire comme la plus ennuyante des 30 dernières années....

Ceci dit, si le pastis nuit à ma volonté d'écrivain, il faut tout de même reconnaître ses énormes qualités; c'est le vrai apéro du sud, totalement adapté au climat d'ici. Je ne sais pas pourquoi je m'en suis privé ici jusqu'alors, mais il ne sert à rien de revenir sur le passé. Tiens! Il est 16 heures ce dimanche, et je vais m'en servir un bien froid. C'est bien ce que je voulais vous dire; lorsqu'il fait très chaud, comme aujourd'hui, le pastis rafraîchit et parfume l'haleine d'une discrète odeur d'anis. Il grise dès les premières gorgées; pas besoin de voir le fond du verre pour avoir des sensations. Dès les premières gouttes, tout devient plus facile, comme de se diriger dans Managua par exemple. Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé, mais comme plusieurs villes de la région, les maisons de Managua ne portent pas d'adresse. Ça donne des trucs comme ça: pour le plombier, 2 coins de rue vers le lac à partir de la station Shell, puis 1 rue en bas (ça c'est l'ouest) puis 200 "varras" (vieille unité de mesure espagnole; environ 85 cm) vers le lac. Lorsque la station Shell a fermé, ça devient: à partir de l'ancienne station shell...etc. Depuis que je me suis mis au pastis, tout est devenu plus facile; je ne m'y retrouve pas mieux, mais je le fais dans la bonne humeur. Ce qui est vraiment fabuleux, c'est que je reçois ponctuellement mon courrier, malgré une adresse du genre. On a essayé de se faire envoyer un truc du Canada par FedEx, ils ont refusé pour cause d'adresse imprécise. Je ne comprends vraiment pas pourquoi!

J'ai revu mes dernières chroniques et réalisé que je vous promets souvent des textes plus substantiels sur le Nicaragua et ma vie ici. Et bien, je réitère cette promesse solennellement; c'est juste que j'ai besoin de temps et de sérénité et de moins de pastis. Le niveau descend lentement dans la bouteille; gardez espoir. Je vais pour le moins essayer de publier des petites nouvelles plus fréquentes pour que vous cessiez de m'engueuler! D'ailleurs, je tiens quand même à remercier celles d'entre vous qui le font discrètement en m'envoyant un e-mail au lieu de le mettre au vu et au su de tous dans mon blog!

mercredi 14 février 2007

St-Valentin



Montelimar, Nicaragua, hotel Barcelo, la plage vers midi; l'ombre est tout près des troncs...

Ça fait une drôle de photo de St-Valentin, avec personne dessus. C'est pas de ma faute, il n'y avait personne sur la plage; ils étaient tous au bar ou à la piscine ou en train de prendre des cours de Merengue. C'est tant mieux, je crois que les vacanciers de Transat n'auraient pas amélioré la vue.... Drôle de trip que j'ai fait en conduisant André et sa fiancée Johanne, un couple d'amis, passer le week-end dans cet hôtel "tout-compris". On rentre tout d'un coup dans une espèce de sous-culture qui m'est totalement inconnue. C'est beau, c'est riche, c'est confortable, c'est propre, c'est comme Cancun ou Cuba ou n'importe où sous les tropiques; voilà, c'est exactement comme n'importe où sous les tropiques. Ça fait sûrement bien la job quand on veut juste changer le mal de place et oublier le quotidien pour une semaine ou deux, mais c'est seulement comme n'importe où. Ce fut ma contribution personnelle à la St-Valentin.

Après avoir déposé les amoureux, je suis rentré tout seul à la maison et revenu ainsi dans le monde réel; une demi-heure de route pavée à travers des plantations de canne à sucre suivie de paysages montagneux assez arides, mais ouvrant de temps à autres des paysages époustouflants. J'ai bien dit une route pavée; pas asphaltée, pavée avec des pavés. Plusieurs routes et rues de ce pays à faible coût de main d'oeuvre sont ainsi construites; ça fait des chemins assez confortables où l'on roule tranquillement en profitant du paysage. Les automobiles sont rares, les gens assis à l'ombre sur leurs pas-de-porte dans les pueblos me suivent longuement du regard, comme le riche intrus que je suis dans cette campagne pauvre de ce pays pauvre. Ici, les voitures personnelles sont rares et remarquées. Les gens se déplacent en "chicken-bus"; c'est ainsi que l'on appelle ces autobus scolaires réformés dans nos pays pour devenir ici la base du système de transport en commun. Les passagers s'y entassent bien au-delà de ce qui nous semblerait déjà excessif; ils voyagent parfois debout sur les marchepieds, voire sur le toit avec les bagages. Les sièges prévus pour deux enfants accueillent trois adultes et leurs bagages à main. Le prix du passage est ridicule selon nos critères, mais il est encore trop cher pour les usagers, comme en témoignent les crises sociales entraînées par les augmentations de tarif découlant des hausses du prix du pétrole.

Le système officiel de transport en commun est complété par la débrouille plus ou moins organisée, et tarifée selon la tête du client; tout ce qui se déplace sert au transport de personnes. Voitures privées, camions, pick-up etc. Au cours de mon voyage dans le sous-continent j'ai pu mesurer la capacité d'un pick-up standard: pour la marchandise, seule la hauteur du chargement est limitée, probablement par la hauteur des viaducs. Pour les animaux, le record c'est deux boeufs Brahma en biais, tête-bèche selon la diagonale; j'ai failli les suivre pour voir le spectacle du débarquement. Pour les êtres humains, mon record s'établit à 14 debout. Pour être juste dans ce petit portrait du transport en commun centraméricain, je dois dire qu'il y a aussi des autobus de luxe (comme les notres) pour les grandes distances. Le trajet de Managua à San-Jose (Costa-Rica) coûte 12,50$ pour 9 heures de route. Le salaire minimum s'élève à 60$ par mois.

Longue digression pour vous dire que je suis rentré seul à la maison. Pour la première fois depuis mon arrivée. Leticia m'a fait une cuisse de poulet avec du riz et une espèce de ratatouille fort bonne ma foi. J'ai mangé seul dans la gloriette, sans livre et sans télévision, juste à savourer le plaisir d'être seul dans ce petit paradis et d'écouter les bruits de la nuit tropicale. Seul? pas tout à fait; comme vous le savez déjà, je partage la gloriette avec des tourterelles tristes. La deuxième génération est en pleine saisons des amours... Il y a aussi des lézards nocturnes; ils sont vert très pâle, presque albinos. Je suppose qu'ils ne voient jamais la lueur du soleil, c'est sans doute ce qui explique leur pâleur. Ils se tiennent près des lumières et dévorent tous les insectes qui passent à portée de leurs dents. Je dis leurs dents, parce que je les ai vus prendre des mordées dans les ailes des papillons de nuit jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voler. Drôle de méthode de chasse! Les papillons tombent par terre, et les lézards restent en haut comme des cons à les regarder. À part un malin qui m'a sauté sur l'épaule, les autres ont dû se contenter des petits moucherons qui sont encore plus cons que les lézards comme chacun sait. La nature est cruelle.

Encore une digression! Je voulais juste vous dire le plaisir que j'ai eu à me retrouver seul dans la maison. Je sens la misanthropie me gagner lentement mais sûrement; pas la version Molière, mais plutôt la déclinaison Alexandre le bienheureux. Si vous ne savez pas ce que je veux dire, allez louer le film.

Bonne St-Valentin à toutes mes admiratrices!