vendredi 1 juin 2007

Rappelle-toi Barbara

Voici une photo d'ensemble de la façade de la maison. Compte tenu de l'abondance de la végétation dans le parc qui l'environne, elle est très difficile à photographier, mais vous voyez l'idée. Si vous l'agrandissez en cliquant dessus, vous allez même pouvoir distinguer quelques mangues en attente de leur victime. L'arbre de droite est un avocassier; ses fruits sont gros comme des ballons de football!
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Trente six heures de pluie sans discontinuer! Une pluie riche, dense, torrentielle et chaude, tropicale pour tout dire a transformé les rues de Managua en torrents impétueux, et les bas quartiers en lacs, inondant comme d'habitude les taudis de la ville. Trente six heures, et le soleil est apparu, ce matin, et c'est comme s'il n'avait jamais plu. Barbara, la première tempête tropicale vient de frapper dur, et encore, il semble qu'elle nous a seulement frôlés.





Chers amis et chères admiratrices, s'il m'en reste encore(?), voilà déjà presque deux semaines que j'ai écrit les lignes qui précèdent; le chantier que je dirige s'est intensifié à un point tel que j'ai perdu toute envie d'écrire. Mon esprit était totalement dédié à la fin de ces interminables travaux. Heureusement, c'est fini; il reste encore des petits détails, il en restera toujours, mais je peux désormais en profiter en paix pour les deux semaines qu'il me reste à passer ici. Finalement, ça aura fait un drôle de séjour; c'est vrai que j'étais revenu exprès pour superviser les travaux de rénovation, mais je pensais disposer de plus de liberté pour vadrouiller dans ce pays que je connais encore mal. Au lieu de ça, j'ai dû passer la plupart de mes journées à la maison, avec jusqu'à 18 ouvriers à la fois. Alors j'ai lu comme je n'avais pas lu depuis longtemps; j'ai retrouvé ce plaisir que j'avais perdu depuis longtemps, obsédé que j'étais par mon travail et par l'usage efficient de mes journées.
J'ai lu donc des tas de livres parmi ceux que nous avons apportés ici; des livres policiers ou d'action principalement, du genre qu'on lit dans la journée, juste comme une mise en train, comme une gymnastique. Je suis aussi tombé sous le charme de "Les piliers de la terre" de Ken Follet; vous l'avez certainement lu depuis longtemps, cultivés comme vous êtes.... Moi je le découvrais parce qu'il était là, a portée de la main. Je l'ai aimé d'autant plus que je me suis identifié au personnage central de ce roman qui est, comme vous le savez, Prieur d'une abbaye de l'ordre de St-Benoit. Non pas que je sois tombé en religion, rassurez-vous, mais à force de me faire appeler "Don Pierre" à longueur de jour par cette foule qui s'agite autour de moi, qui dépend de moi en quelque sorte, l'amalgame est devenu facile.
Les travaux sont finis donc, et je ne vous en parlerai plus. La maison est magnifique et il ne vous reste plus qu'à venir la voir. Je vais désormais pouvoir me consacrer à autre chose, et principalement en profiter enfin, sans tous ces étrangers culpabilisants autour de moi. Je vous l'ai déjà dit; le Nicaragua est un pays pauvre. Le salaire minimum vient d'être augmenté de 18% par les sandinistes, et il se situe désormais à environ 80$ PAR MOIS! Les ouvriers qui travaillaient pour nous gagnaient environ 15$ par jour ce qui est près de quatre fois le salaire minimum. Malgré ça, je me suis toujours senti honteux de leur donner si peu. Tenez, l'autre jour je suis arrivé avec 5 ventilateurs de plafond à 80$ chaque; 5 familles auraient pu vivre un mois avec ce qu'ils m'ont coûté. Les employés m'ont aidé à décharger mes boites et je les sentais compter avec moi. Je sais, ce n'est pas de ma faute s'ils sont nés ici et non pas un peu plus au nord, là où nous avons eu la chance de naître. À nous de voir non pas si, mais comment nous pouvons partager la chance que nous avons eue à la loterie de la vie.
Voilà que je deviens sentencieux et ennuyant; il est temps que je revienne à la maison; ne reste plus que de savoir où elle est.

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