samedi 31 mars 2007

Copàn


Les restes majestueux d'une des grandes pyramides qui entourent la grande place. Le péon, c'est Modesto, mon guide qui m'a tellement aimé qu'il m'a fait monter sur toutes les pyramides. J'ai d'autres photos, mais allez voir Copan sur internet plutôt; c'était l'Athènes du monde Maya.
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Quelle récompense après une matinée merdique! Copàn tout seul mérite ce voyage; le site est d'une richesse inouïe, et seulement une toute petite partie a été mise en valeur; les archéologues du monde entier continuent leurs recherches, à mesure que les budgets sont disponibles. Il y avait très peu de monde, alors je me suis payé un guide pour moi tout seul, et il m'a fait la totale; peut-être voulait-il tester mes jambes de sexagénaire gringo et fumeur, mais il m'en a donné pour mon argent. Nous avons escaladé tout ce qui était escaladable et marché tous les souterrains pour nous rafraîchir. Modesto est guide depuis 35 ans à Copàn, et il connaît son sujet; nous sommes allés prendre une petite bière à la fin du marathon, puis une autre parce que la première était vraiment bien petite.
J'ai eu un vrai cours accéléré sur la civilisation Maya, mais aussi sur la vie ordinaire d'aujourd'hui au Honduras. La semaine dernière, les paysans ont barré la seule route d'accès à Copàn, pour demander au gouvernement de tenir ses promesses; la police a ouvert la route au bout de trois jours, 12 campesinos blessés, et 3 disparus. Le Honduras est un sale pays; avec le Guatemala, il représente parfaitement ce qui arrive à un peuple lorsque un gouvernement choisit la répression plutôt que le dialogue social. Ces 2 pays consacrent une partie substantielle de leur budget à la police et à l'armée, et le seul résultat qu'ils obtiennent c'est une augmentation de la criminalité et de la délinquance. Depuis le début de l'année, il y a eu 13 assassinats dans une seule prison de Tegucigalpa! Pour amuser le peuple, pendant ce temps, le gouvernement lance des débats sur l'heure d'été (dans ce pays où il y a une différence d'une heure dans les journées entre l'été et l'hiver!) ou encore sur la cigarette dans les lieux publics! Le peuple crève de faim, mais les vieilles recettes continuent de fonctionner.... Ici comme ailleurs.
J'ai connu une matinée merdique vous disais-je en commençant; presque 4 heures pour faire 167 km. J'ai commencé par me faire piéger comme un enfant d'école par un policier véreux (En Amérique centrale, c'est un pléonasme) Il m'a arrêté juste après un péage, juste avant que je ne range la liasse de billets que j'avais sortie au complet pour acquitter les droits. Grave erreur, j'ai vu ses dents s'allonger pendant que j'essayais de ranger mes 6 millions de Lempiras (18 dollars et 50) Je lui ai offert 5$, il m'a joué le grand jeu de l'incorruptible en me menaçant de la prison, alors on a réglé pour 15$, mais j'ai eu chaud, pas juste à cause des 35°C qu'il faisait à 8 heures ce matin. C'est mon record à vie (pas la température, le montant de la corruption!)
Ensuite, je me suis tapé la pire route du voyage. Vous avez sans doute tous vu les photos de la plus dangereuse route du monde, à l'occasion du décès récent de ce jeune québécois, en Bolivie. Et bien, le dernier tronçon de la route qui relie San Pedro Sula à Copàn est presque pareil, sauf qu'il est asphalté, heureusement. Ils ont probablement utilisé les chemins Mayas pour les transformer en routes, ce qui pourrait donner une explication sur la disparition de cette civilisation! C'est une joke! Les Mayas ont disparu parce qu'ils ont épuisé leurs ressources naturelles, alors ils sont partis ailleurs; c'est Modesto qui me l'a dit, et il s'agirait de la théorie la plus documentée à ce jour.
Je suis arrivé à midi, et sur les conseils d'une amie chère, j'ai pris une chambre dans une petite auberge typique, parce que c'est là qu'on peut rencontrer du monde sympathique pour échanger sur nos expériences de voyage. J'ai rencontré du monde sympathique, j'ai échangé et je me suis couché à minuit passé. Il y a 2 groupes dans le monde sympathique; il y a ceux qui se couchent à 2 heures du matin, et ceux qui se lèvent à 5 heures. Le problème, s'est quand ils sont tous les deux dans la même auberge que moi. Alors, ce soir, je suis à Guatemala-City, et j'ai pris un grand hôtel totalement pompeux, où je n'ai rencontré personne, où je vais me coucher à 9 heures pour me lever quand je me réveillerai, en forme pour quitter l'Amérique centrale et faire mon entrée au Mexique d'où je vous enverrai mon prochain message, connexion internet aidant.
Ne vous égarez pas; j'ai relu mon texte qui me semble assez plaignard, mais ce n'est pas du tout l'impression que je souhaite vous communiquer; ça va bien. Je fais le voyage que j'ai voulu faire, et il se déroule plutôt bien; à tout moment, surtout après ces petits incidents que je vous conte pour mettre du piquant dans mes chroniques, je me prends à sourire tout seul d'un sourire béat, regrettant seulement de n'avoir pas de public ou de complice pour en rire franchement.
Demain, manana, Mexico et le Chiapas, un autre endroit où l'on vit dangereusement; j'ai vu dans le journal qu'ils y ont annulé le concours de miss Univers pour raison de troubles appréhendés. Ça promet! Si vous n'avez pas de nouvelles de moi d'ici 3 jours, ne payez pas la rançon! Ramassez plutôt l'argent et buvez-le (n'oubliez pas de m'envoyer des cigarettes!)

jeudi 29 mars 2007

Et c'est reparti!


Voilà Charlatan! Je l'ai photographié pendant qu'il dormait, pour ne pas trop vous effrayer... On pourra dire ce qu'on voudra sur notre tendance à faire de l'anthropomorphisme ou à prêter des sentiments aux animaux, mais ce chat (ou ce bébé jaguar, qui sait) a passé toute la nuit avec moi, et il est resté à mes côtés pendant que je prenais mon café ce matin, tout comme s'il avait su que je le quittais pour longtemps. Nous nous connaissons depuis seulement 3 semaines... (En passant, remarquez ces petites touffes de poils suspectes au bout de ses oreilles!)
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J'ai finalement tenu parole; je suis parti comme prévu ce matin à 7 heures, dans la tristesse générale. Nous étions tous émus: Leticia, Emer, Emercito, moi-même et aussi Jean-Pierre qui s'est levé à 6 heures du matin (rassurez-vous, il s'est recouché pour se relever à 7 heures...) Je crois que nous avons créé une nouvelle et vraie communauté autour de cette maison.
Je suis rendu à San Pedro Sula, Honduras. 11 heures de route et seulement 615 km. Je voulais me rendre à Copan, ce sera pour demain. J'ai arrêté à 17 heures 30 à 2 heures du but, juste avant la nuit.
N'allez pas au Honduras, ou attendez 2 ou 300 ans avant de venir, le temps que ce beau pays accède à la civilisation. Si vous décidez quand même de venir, au moins ne conduisez pas; je crois que j'ai découvert les pires conducteurs de la planète. Ils conduisent de mal à très mal et en plus, ils sont suicidaires. Ici, les doubles lignes jaunes servent seulement de décoration; lorsqu'il y a de la place pour 2, on passe à 3 et quand il y a place pour 3, on passe à 4. Le Honduras est un pays montagneux qui semble plissé d'est en ouest. Comme je roule franc nord, j'ai traversé au moins 6 cols assez élevés par des routes en lacets, virages en épingle et à pics vertigineux. La route est assez belle mais encombrée de poids-lourds qui se traînent dans ces montées. Alors on les dépasse n'importe où, n'importe comment, n'importe quand. À Rome, on fait comme les romains, alors j'ai fait un romain de moi-même; j'ai connu cent fois le doux frisson d'arriver face à face avec un 18 roues et de le voir se tasser poliment à ras des rétroviseurs. Personne ne se plaint, c'est ainsi que l'on conduit ici. Au barème du Québec, j'ai dû économiser au moins 2500 points de démérite! La police n'en a cure, elle est occupée à faire des barrages; j'en ai passé 15 sur 600 km, et ils m'ont arrêté une seule fois et je n'ai rien payé, toujours ça de gagné sur mon budget de corruption....
Les paysages, ce que j'ai pu en voir, sont splendides; hautes montagnes abruptes couvertes de forêts de pins, entrecoupées de vallées fertiles; ça vaut vraiment le coup d'oeil. Dommage que tout ça soit gâché par le climat de violence qui sévit dans tout le pays... Il y a un centre d'achat collé sur mon hôtel; chaque boutique est gardée par un homme lourdement armé. L'affiche à la banque demande aux clients de déposer leurs armes à l'entrée!
Ce climat de violence dure dans ce pays d'aussi loin que je me rappelle; difficile de prévoir s'il va finir un jour.
J'ai connu quand même un beau moment de voyage, paradoxalement au passage de la frontière; des douaniers souriants et de bonne humeur, ce qui est déjà remarquable, et mon guide Alejandro. Je vous ai déjà parlé de ces guides; ils s'agit de gens qui se chargent de nous guider à travers le lourd processus bureaucratique de la sortie d'un pays et de l'entrée dans l'autre. En fait, ils font le travail à notre place contre une petite rémunération, et ils sont hautement acceptés par les douaniers car ils facilitent gratuitement le leur. Pendant qu'Alejandro se chargeait des formalités, un petit groupe d'enfants, probablement des apprentis guides, s'est rassemblé autour de moi pour me soutirer quelques sous. Leur entrée en matière est imparable: ils sont tous orphelins et ils ont tous faim. Je me suis assis avec eux (les formalités ont duré une heure) et nous avons parlé de choses et d'autres, et notamment de pauvreté. Quand ils ont su que je n'avais pas d'enfants, ils se sont tous portés volontaires pour être adoptés; j'ai décliné l'offre avec peine tant ils étaient charmants. Ils ont quand même atteint un de leurs objectifs, je leur ai offert le repas à la cantine; je les ai laissés tellement et visiblement heureux que je m'en suis voulu de ne pas les avoir adoptés tous séance tenante.
Demain je vais à Copan (Honduras) visiter les ruines Mayas; on dit qu'il s'agit des plus significatives de cette civilisation. Je vous en parle dès que j'en aurai l'occasion.
Merci pour vos nombreux messages et pour votre chaleur communicative; ne soyez pas jalouses, la mamma c'était juste pour vous provoquer, encore que, à bien y penser....

dimanche 25 mars 2007

Petits riens (suite)



San-Juan del Sur

Encore une mauvaise photo prise depuis la terrasse de la pension où j'ai séjourné, un jour de visite d'un voilier de croisière, mais vous voyez l'idée....

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J'ai passé le week-end à San-Juan del Sur, mon deuxième, cette fois en compagnie de Jean-Pierre. C'est la plage à la mode du Nicaragua; le paradis des agents d'immeuble et le miroir aux alouettes des gringos. C'est aussi le scénario habituel largement éprouvé au Mexique et dans les Caraïbes: petit village de pêcheurs, belle baie bien abritée et superbe vue, pêcheurs pauvres, développeurs aux aguets et quantité de riches amateurs de paradis tropicaux exclusifs. C'est comme si une bombe atomique était tombée sur la communauté. Les heureux propriétaires de maisons ou de terrains les vendent à prix d'or aux riches étrangers, et les pauvres locataires déménagent à la campagne où, comme chacun sait, l'air est plus sain et moins humide qu'au bord de la mer. En plus, ils peuvent enfin lâcher la pêche pour se reconvertir dans la construction ou dans la restauration. Les maisons à 500 000 dollars poussent comme des champignons sur les hauteurs, et une rangée de bars et restaurants est venue occulter le bord de mer, le "Malecon" comme on l'appelle dans les pays latinos. C'est le progrès économique dans toute sa magnificence et toute sa sauvagerie qui s'abat sur le village; difficile de porter un jugement sur les effets de ce genre de bouleversement, mais c'est un vrai changement de vie pour les habitants.

Nous étions hébergés chez Anita, propriétaire d'une énorme et belle maison dans le village, à 50 mètres de la mer, une maison comme seuls les italiens de goût savent les décorer. La photo a été prise depuis son mirador sur le toit. Anita est une mamma italienne que je vais sûrement marier, surtout si vous continuez à me bouder comme vous le faites depuis quelques jours.... Tant pis pour vous! Voilà bientôt une semaine que je vous dis que je serai à Montréal vers la mi-avril, et j'ai seulement reçu 2 commentaires.... Je sais que mon blog devient un peu ennuyant et répétitif, mais je pensais que l'amitié que je vous porte vous rendrait plus indulgentes à mon égard... Enfin, pour revenir à Anita, elle tient pension dans le village; 4 superbes chambres qu'elle loue 40$ par jour, petit déjeuner inclus. La qualité de sa clientèle rend les petits déjeuners extrêmement intéressants; c'est le dernier salon où l'on cause, version tropiques. J'y retournerai; pour la mer bien sûr, pour ces distrayants petits-déjeuners et pour Anita, cette mamma d'anthologie

De retour à la maison, Jean-Pierre a terminé le vaste projet de refaire l'éclairage de la gloriette. Nous l'avons inauguré hier soir et elle est désormais prête à vous accueillir, brillant de mille feux grâce au talent unique de Jean-Pierre. Elle est maintenant parfaite et il n'y manque que vous!

Je déteste partir. Tant de choses à faire et l'inquiétude fallacieuse d'en oublier; toutes ces petites choses en cours d'exécution qu'on doit suspendre jusqu'au retour toujours incertain, et cette douceur de vivre à laquelle je me suis vite habitué et que je vais abandonner, pour peu de temps j'espère.... Demain, dès l'aube, je partirai... À moins que ce ne soit après-demain!

Je vais à nouveau être à la merci des connexions internet pour un certain temps, mais je vais essayer très fort de vous tenir informées pendant ce voyage que je prévois plus court qu'à l'aller. J'ai l'intention de passer le Honduras et le Guatemala à la vitesse de l'éclair. Selon mes états d'âme, il se pourrait que je traîne un peu dans le Chiapas avant de m'éclater à 140 km/heure aux États-Unis pour vite vous revenir!

Pour tout de suite, je me laisse aller à la mélancolie de ce départ.

vendredi 23 mars 2007

Petits riens



Voici Emer junior, aussi appelé Emercito, fils d'Emer notre jardinier. Non, il n'est pas en prison, il fait la sieste là où il est tombé de sommeil, dans la buanderie.

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Vendredi soir, à la maison. Nous arrivons du restaurant "La cueva del Buzo", à 10 minutes de chez-nous, notre plus belle découverte depuis mon arrivée à Managua; probablement aussi le secret le mieux gardé. Service totalement pourri, mais un grand chef en cuisine. J'ai décidé de l'adopter et c'est là que je vous amènerai dîner si vous venez me voir. C'est selon moi la meilleure table du pays (jusque à ce que je découvre la prochaine!)

Nous aurions aussi bien pu dîner dans la gloriette en cette superbe soirée; Jean-Pierre est en train de terminer l'éclairage et c'est un pur ravissement que d'y veiller en bonne compagnie.

Mon séjour touche à sa fin; les choses sont en place, les travaux lourds vont bientôt commencer. Jean-Pierre va en assurer le démarrage, je viendrai le remplacer fin avril et les autres partenaires prendront la suite. Cette maison, déjà facile à vivre, va devenir un petit paradis tropical. Les mangues mûrissent tranquillement; on dirait qu'elles deviennent moins menaçantes, comme si elles avaient renoncé à se défendre tant elles sont désormais convaincues qu'elles finiront mangées par ceux qu'elles n'ont pas réussi à éliminer. Les premières bananes viennent d'éclore; le spectacle est magique pour le faux nordique que je suis. L'énorme fleur s'ouvre pétale après pétale pour découvrir le régime rangée par rangée. Comme pour les mangues et les avocats, nous en aurons plus que nous ne pourrons en manger. Nous en donnerons et, hélas, nous en jetterons....

Demain, nous partons pour le week-end à San Juan del Sur. Jean-Pierre y a des amis, et nous allons profiter de ma voiture pour une dernière fois. J'y ai déjà passé 3 journées magnifiques, et je n'aimerais pas en occulter le souvenir. Je verrai si je fais bien d'y retourner si tôt.

Mercredi prochain je partirai pour le grand voyage de retour. Seul à nouveau sur ces chemins que je commence à connaître. J'ai prévu peu d'arrêts; Copan (Honduras) sûrement, et après au Chiapas. Je ne sais pas encore si j'opterai pour la cote du Pacifique ou si je retournerai à Veracruz dont je suis tombé amoureux. Je vais traverser le Guatemala aussi vite que possible; plus que les autres pays de la région, c'est un état presque de non-droit où la violence est un mode banal de résolution des litiges. Récemment, 3 députés salvadoriens y ont été assassinés par des policiers. Les 4 policiers ont été arrêtés et, dès le lendemain, on les a retrouvés égorgés dans leur cellule.... Comme vous pouvez voir, je vais vivre dangereusement ces prochains jours! Je me rattraperai en allant contempler les cerisiers en fleur de Washington, et en flânant dans le printemps du Maryland.

Si je survis à tous ces risques, je devrais arriver à Montréal à la mi-avril ou plus tard, selon les événements ou les rencontres de passage. Comme notre gardien est tombé amoureux de mon manteau d'hiver, j'arriverai légèrement vêtu. Je compte sur vous pour que le printemps soit précoce et doux pour l'homme du sud que je me sens devenir.

Je prévois rester 2 semaines seulement avec vous, et repartir en avion pour le Nicaragua où je resterai environ 2 mois. Je pense aussi pouvoir être plus assidu dans la rédaction de ce blog pendant le voyage. Stay tuned.

mercredi 21 mars 2007

Le permis


Dans le guide, ils conseillent d'avoir un véhicule à 4 roues motrices pour aller là; avoir su, j'aurais aussi pris une chaloupe, mais nous sommes passés quand même. Sur la gauche, hors de la photo, le camion n'a pas passé. On ne les a pas photographiés pour pas leur faire honte....
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J'ai obtenu mon permis d'importation temporaire de ma voiture, je vais donc pouvoir continuer à l'utiliser légalement jusqu'à mon départ. Je vous en ai parlé dans mon dernier message; pour rouler dans une voiture étrangère dans la plupart des pays de la région, il faut obtenir ce permis qui est accordé pour un mois, et renouvelable une seule fois. Ils ont naturellement refusé de me le renouveler une deuxième fois, malgré tous mes efforts de persuasion. À ma décharge, il faut bien dire que c'est dur de soudoyer un fonctionnaire d'un service qui est aussi chargé de la répression de la corruption!!! Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je me suis résigné à finir mon séjour dans l'illégalité, puisque mon permis échéait (cela se dit-il ainsi?) le 18 mars dernier.
Puis j'ai eu honte de moi. La résignation, la soumission, le renoncement, comme vous le savez, ce sont des sentiments qui ne me ressemblent guère; il faut se battre contre l'adversité me dis-je, ne serait-ce que pour me prouver à moi-même qu'on peut être à la fois dilettante et combatif. J'ai donc fait un homme de moi, et je suis parti pour la frontière du Costa-Rica afin d'essayer de convaincre un douanier de m'accorder ce permis. Ce fut une douanière tout aussi incorruptible que l'autre fonctionnaire qui m'apprit que non seulement elle ne pouvait pas me le renouveler, mais encore que si j'avais l'intention de traverser la frontière, il faudrait que je m'absente pendant au moins trois jours avant de solliciter un nouveau permis! J'ai donc encore une fois dû faire ce que ma morale réprouve; j'ai engagé un corrupteur, je suis allé déjeuner sur une plage sympathique du Costa-Rica et je suis revenu à la frontière vers 18 heures, après le changement d'équipe. Traitement VIP, no question asked, et j'ai un beau permis tout neuf valable jusqu'au 16 avril!!!
Je suis totalement soufflé par la quantité de policiers qu'il faut corrompre quand on roule en voiture dans les pays de la région; en fait, ils étaient sûrement déjà corrompus avant même de me connaître... Ce matin même, j'ai été arrêté par un policier honnête qui ne m'a rien demandé; j'étais tellement surpris que je lui ai donné deux dollars pour le remercier. Ainsi va aussi la vie sous les tropiques!
Je vais bientôt repartir comme je vous l'annonçais dans mon dernier message; dans quelques jours, dès que les choses seront placées ici. Comme à l'aller, j'aurais plus de loisirs pour vous écrire, solitude (et sobriété!) aidant. J'ai plein de sujets que j'ai laissé tomber faute de volonté dans ce pays où il est facile de se laisser vivre; peut-être en développerais-je quelques-uns pendant le voyage de retour...
Restez branchées, on ne sait jamais!!!

dimanche 4 mars 2007

Pleine lune et autres petites choses



Vue de Managua depuis la terrasse du restaurant "El Intermezzo del bosque". Situé dans les collines de la banlieue sud. Agrandissez la photo en cliquant dessus ou plissez les yeux ou faites les deux; vous pourrez voir la ville et le lac de Managua à mes pieds. La brume de chaleur est permanente et gâche la vie du piètre photographe que je suis.
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C'est ma deuxième pleine lune depuis mon arrivée ici; je l'ai vue monter hier soir dans un ciel clair, je l'ai revue ce matin à 6 heures, éclatante de blancheur malgré le jour naissant. Il fait encore beau; désespérément beau devrais-je dire pour mes pauvres admiratrices québécoises plongées jusqu'au cou dans la neige et le froid de cet interminable hiver. Il fait beau tous les jours; à peine avons-nous eu une petite ondée de quelques minutes en deux mois... Une pissade (à moins que ce ne soit une pisserade) de cigale comme dirait mon ami Jean-Pierre. Les journées sont chaudes, rafraîchies cependant par cette petite brise constante qui nous vient des Alizés, les soirées et les nuits sont idéalement fraîches; on pourrait se lasser de cette uniformité, mais pourrions-nous vraiment nous lasser du paradis? Grave question que je soumets à notre réflexion.
Notre ami Marc est avec nous depuis bientôt une semaine, et il est tombé sous le charme lui aussi. Faut dire qu'en arrivant, il a rétabli le niveau du stock de Ricard qui commençait sérieusement à diminuer. Pour la peine, nous lui avons donné une promotion; à partir de maintenant, il est aussi V.-P. coloriste, ambiance et cadre de vie. Forcément, le stock de Ricard est reparti à la baisse; il fallait bien fêter ça! Heureusement, Marc-André arrive aujourd'hui avec du nouveau stock...

12 mars 2007
Manana; ça se prononce "maniana" comme vous le savez, et ça veut dire "demain", comme vous le savez aussi. Voilà presque 15 jours que je finis par dire ça en pensant à ce blog; vous avez recommencé à m'engueuler comme d'habitude, alors, pour vous calmer les nerfs je vais devoir publier quelque chose juste pour que vous sachiez que j'existe encore. Comme de raison, ça sera complètement éclaté, et je vais encore devoir laisser de côté le sujet de fond que j'avais annoncé dans mon dernier message, faute de temps pour réfléchir. Manana, c'est aussi ce que tout le monde nous dit pour bien nous faire comprendre que c'est vraiment très bientôt qu'ils vont nous faire le truc qu'ils nous avaient promis pour hier. Ricard aidant, j'ai fini par trouver ça vraiment cool. Pourquoi faire aujourd'hui ce qui peut aussi bien être fait demain? De toute façon, il fait toujours beau et chaud, et le frigo produit tous les glaçons qu'il faut pour accompagner notre bonheur.
Tout ça pour vous dire que les choses avancent lentement, et que ça me dérange pas mal moins après deux mois de séjour ici. Alors, vu que mes associés sont ici, j'en ai profité pour prendre quelques jours de vacances, et comme j'y ais pris goût, je vais en reprendre deux ou trois autres très bientôt. Je suis allé en villégiature à Granada, qui est la plus vieille ville des Amériques. Ce voyage mérite à lui seul une chronique, alors ce sera pour la prochaine fois. Sachez seulement que j'y ai passé les meilleurs moments de ce voyage.
Charlatan m'a fait la fête à mon retour; il a dormi dans mon lit, moi aussi, mais juste un peu moins que lui. Ce soir je fermerai la porte. Finalement, il est possible que ce soit un chat normal, pas sûr, mais possible; j'ai vu son cousin à Granada et ça m'a un peu rassuré. Il reste que ces petites touffes de poil au bout des oreilles, ainsi qu'un je ne sais quoi dans le regard méritent que je réserve encore mon jugement.
Je vais devoir quitter ce pays pour retourner à la maison plus vite que je le pensais; je suis incapable de renouveler mon permis d'importation temporaire de ma voiture. J'ai essayé très fort, mais il n'y a rien à faire, je vous raconterai. J'avais prévu partir début avril, je partirai vers le 25 mars. Ce n'est pas dramatique, mais les choses commencent à se précipiter. La bonne nouvelle, c'est que j'aurai plus de temps pour vous écrire sur tous ces sujets que je laisse en suspens faute de temps.
Je repars en vacances pour 2 ou trois jours, et je vous reviens très vite après.