vendredi 20 avril 2007

À la maison


La dernière frontière! Voilà à quoi ressemblait la frontière canadienne ce mardi 10 avril lorsque je suis arrivé. J'ai pris la file de droite et je suis passé sans histoires. Je n'ai eu à corrompre personne, juste à mentir un peu, comme tout le monde. Une réflexion en passant: j'ai traversé douze frontières dans ce voyage; chaque fois il m'a fallu corrompre ou mentir ou les deux. Ça fait quand même drôle dans nos sociétés "modernes" de se voir transformer en enfants resquilleurs chaque fois que l'on traverse une frontière, incluant celle de son propre pays!
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Je vous écris de la maison, "Heureux qui comme Ulysse... Mais plutôt comme cestuy-là qui conquit la toison....". Voilà plus d'une semaine que je suis arrivé, et je suis hélas obligé de constater que je ne pourrai tous vous voir, ni voir suffisamment ceux que j'ai eu la chance de rencontrer. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé! Je me suis même fait un calendrier de rencontres pour être sur d'optimiser mon temps... Bien sur, j'ai priorisé mes admiratrices, vous vous en doutiez bien, et même là je n'aurai pu les voir toutes. Alors, ce sera pour la prochaine fois; ça me fait plus de peine qu'à vous, surtout ne pleurez pas, vous allez accroître mon chagrin, irrémédiablement.
Je retourne à Managua le 30 avril pour finir le travail que Jean-Pierre a si bien commencé, et je reviendrai pour la Saint-Jean; cette fois je compte bien rester tout l'été et je vous promets d'aller tous vous voir jusqu'à ce que vous me suppliiez de retourner me faire pendre sous les tropiques, et je vous obéirai, promis.
Je pars en avion cette fois-ci; je vais faire en 5 heures ce trajet qui m'en a pris 340 en voiture. En réalité j'ai conduit seulement 110 heures si j'enlève les dodos et les loisirs. Donc, je ne vous écrirai pas pendant le voyage, ça va aller trop vite pour ça. Mais je vais vous écrire encore, vu que vous me l'avez demandé avec insistance. Je ne sais pas encore ce que je vais vous dire, mais il y a plein de ficelles que j'ai laissé traîner derrière moi, emporté par mes découvertes et mes humeurs; j'essayerai de les rattacher et de vous conter la vie là-bas. Je serai seul la plupart du temps, à moins que Cupidon ne me frappe de sa flèche traîtresse, ou que quelque bon-vivant ne me détourne de mon clavier pour m'entraîner dans ces libations joyeuses qui font le charme de la vie. Donc, en dehors de ces avatars, j'aurai du temps à vous consacrer et j'ai la ferme intention de le faire. Nous verrons bien la forme que tout ça prendra; nous verrons aussi pour la fréquence, ce sera la surprise, pour vous et pour moi.
Que vous dire de plus? Merci à tous ceux que j'aurai eu la chance de voir pendant ce court séjour, hasta luego à tous ceux que je n'aurai pas pu voir faute de temps.
Viva la vida!

lundi 9 avril 2007

God Bless America!

J'ai fini la journée en Pennnsylvanie (Oui, je sais, ça prend 2 "n" seulement, mais j'en ai mis 3 parce qu'hier j'en ai juste mis un; alors ça corrige rétrospectivement!) J'ai donc fini la journée en Pennsylvanie sous un ciel couvert de nuages bas et sombres dans ces paysages montagneux couverts de forêt mixte; les feuilles n'ont pas encore poussé, à peine distingue-t-on de timides bourgeons trop petits encore pour donner de la couleur. Ça fait des paysages sombres sous un ciel bas et lourd; ça m'a donné les blues et je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ce film, "Deer hunter" qui se passe justement dans cet environnement. La scène où ils se retrouvent dans leur bar, au retour du VietNam et ils entonnent le "God Bless America" est une des scènes les plus intensément tristes du cinéma contemporain; triste et intense. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aussi que cette scène doit se reproduire encore aujourd'hui autour de ces enfants qu'on envoie se faire tuer en Irak pour défendre quelle cause?
Drôle d'Amérique, capable du meilleur et du pire, même dans ses paysages. J'ai commencé la journée sous un soleil splendide, même si c'était frais; la route suit le Blue Ridge, dans la vallée. Que vous dire? Il est Blue et il est Ridge. C'est une chaîne de montagnes de hauteur moyenne aux sommets assez découpés; l'éclairage et une espèce de petite brume permanente leur donne cette coloration si particulière qui leur a mérité ce nom. Tout le long de la Virginie, la végétation est éblouissante; c'est une explosion de couleurs. Sur un fond de vert tendre des feuilles nouvellement poussées, tous les arbres sont en fleur; c'est un pur ravissement, et un moment rare. Je suis heureux de l'avoir vécu. Vous n'aurez pas de photos, parce que ce genre de spectacle m'intimide trop pour que je prenne le risque de prendre de mauvaises photos. C'est niaiseux mais c'est comme ça.
À part ce petit coup de spleen à la fin, ce fut une bonne journée, l'avant-dernière de mon odyssée. Plus qu'une toute petite étape, et je devrais être à la maison mardi soir. Mon blog va probablement finir ici, encore qu'il mériterait peut-être une sorte de conclusion, on verra à Montréal.
J'ai hâte de vous voir et de vous remercier de vive voix pour vos encouragements et votre soutien tout le long de ces trois mois. Ils m'ont apporté une présence et une chaleur dont j'avais le plus grand besoin, et pas seulement à cause du voyage....
Plus qu'un douanier à corrompre et je suis parmi vous.

dimanche 8 avril 2007

Back to winter!


Plus on va vers le nord, plus il fait froid! Les voyages forment la jeunesse, c'est bien connu, mais ils permettent aussi de vérifier de visu ces petits principes simples de la vie de tous les jours. Plus j'avance vers vous, plus il fait froid; normal, je roule vers le nord! Mais là, il me semble que vous exagérez! Vous n'aviez pas vraiment besoin de me commander cette bordée de neige pour saluer mon arrivée! Allez, retournez moi ça où vous l'avez pris et montez le thermostat; je vais attraper la crève, surtout que j'ai donné mon manteau à un mec qui se les gèle quand le thermomètre tombe à 28°C la nuit!

Je suis rendu à Witheville, Virginia, petit village collé sur la Virginie occidentale sur les bords de la route I 81 que je suis depuis ce matin. La route est superbe et les paysages grandioses; elle chemine entre les monts Cumberland à l'ouest et le Blue Ridge à l'est. Je suis passé ce matin par les Great Smoky Mountains; malgré tous ces noms, ces montagnes font partie de la chaîne des Appalaches, dont une partie ici prend le nom de Monts Alleghanis pour simplifier le tout. On s'en fout, on a plus d'examen à passer, on peut se contenter d'admirer, ce que je fais sans me lasser.

Sérieusement, il faut que vous veniez voir ça avant de mourir; les américains font chier, mais ils sont d'un commerce agréable dans cette petite vie de tous les jours, et ils sont accueillants. Ils ne savent pas manger et encore moins faire manger la visite, mais Dieu que ce pays est beau!

J'ai traversé un reste d'Alabama, un tout petit coin de Georgia, le Tennessee dans sa petite épaisseur et je suis rendu au milieu de la Virginie. C'était once upon a time le pays des Cherokees; ils n'ont plus de pays, mais ils ont des casinos....

La taille des feuilles diminue sur les arbres, et j'en vois de plus en plus qui n'ont pas encore de feuilles; c'est un vrai voyage dans le temps. Le paysage est encore vert tendre, mais je sens que demain il va prendre ses couleurs d'hiver. Alors pas de détour pour les cerisiers et encore moins pour le Blue Ridge; je rentre à la maison par le chemin le plus court.

Si tout se passe bien, il me reste un dodo sur la route, je devrais être alors dans le pays Amish en Pensylvanie, ou peut-être même près de New-York City and then, straight to Montreal!

Si je compte bien, je devrais donc coucher dans mon lit mardi soir (J'espère que quelqu'un aura pensé à monter le chauffage!)
Ah oui, la photo. C'est un coucher de soleil sur la baie de San Juan del Sur; je l'ai mise là pour vous rappeler qu'il y a une vie après l'hiver, même s'il est un peu long...

samedi 7 avril 2007

Spring has an identity crisis


C'est le diagnostic de "USA TODAY" sur ce printemps déboussolé qui vous fait souffrir et qui va me faire souffrir bientôt. C'est donc un cas de psychanalyse, et l'on sait que ça prend du temps.
Pour vous consoler, voici une photo de la "Laguna de Apoyo" . C'est un ancien cratère de volcan, près de Granada, un endroit que nous avons considéré lorsque nous cherchions une maison.
Je suis rendu à Tuscaloosa, Alabama. J'ai dû faire une petite attisée dans l'auto, le thermomètre n'a pas dépassé 10°C de la journée. Il faisait 35° avant-hier, 25° hier. Toute une descente dans l'échelle des valeurs! Ça ne fait rien, je continue; j'ai pensé un moment faire demi-tour et revenir plus tard, mais je sens que vous m'attendez avec tant d'impatience que je ne peux me décider à vous faire ce mauvais coup....
J'ai fait une bonne journée tranquille; je suis parti plus tard que prévu, à 11 heures. C'est la faute à la télé que j'ai regardé pour la première fois depuis longtemps. Il y avait ce film, vous savez celui qui raconte l'histoire d'un employé de FedEx ou UPS qui se ramasse tout seul sur une île déserte pendant 4 ans, après un accident d'avion. Le rôle du naufragé est magnifiquement interprété par Tom Hanks, et je ne me rappelle pas le titre ("Seul au monde" ou quelque chose du genre) C'est un film sur la solitude, et c'est pour ça qu'il m'a interpellé et que je l'ai regardé jusqu'à cette fin terrible où le personnage semble comprendre que la vraie solitude est celle que nous vivons tous les jours, parmi les nôtres.... Allez le louer, c'est un bon film. Je l'avais déjà vu, et je l'ai revu jusqu'à 2 heures du matin. C'est pour ça que je me suis levé tard!
J'ai traversé la Louisiane au complet, le Mississipi de travers et je suis en plein milieu de l'Alabama. Une route de rêve, peu de trafic, des paysages verts, peu de villes, de la forêt et de la campagne (champêtre, pas bucolique; vous vous rappelez?) J'aime conduire et j'aime rouler sur ces routes fabuleuses et sans fin des États-Unis; c'est un peu comme d'être condamné à rêver, sans avoir à se justifier de ne rien faire auprès de personne, et surtout de moi-même. Je vais quand même essayer de partir plus tôt demain histoire de m'acheter du temps pour les cerisiers de Washington, à moins que ce ne soit pour traverser le Blue-Ridge; on verra bien.
Souhaitez-moi de me coucher tôt. Joyeuses Pâques à toutes et tous.

vendredi 6 avril 2007

Good morning America!

Voilà, c'est fait. J'ai traversé le rio Bravo ce matin vers 10 heures pour entrer aux États-unis d'Amérique. À l'aller, il s'appelait le rio Grande, mais c'est le même fleuve que les américains appellent ainsi; les mexicains continuent de l'appeler "Bravo". Il marque la frontière entre les 2 pays depuis 1836, lorsque Sam Houston a foutu une pâtée mémorable à Santa Anna, à la bataille de San Jacinto. Le Mexique a réduit de moitié à cette occasion en perdant notamment le Texas; alors, faut pas en vouloir aux mexicains d'appeler le fleuve frontière du nom qu'ils veulent. Moi en tout cas je ne leur en veux pas, je l'ai traversé sans coup férir, peu importe son nom. Juste la douanière mexicaine qui m'a un peu gonflé pour annuler mon permis temporaire d'importation de mon auto; décidément, je n'ai pas de succès avec les filles.... Faut dire que je me promène depuis 3 mois avec un permis au nom de Pierre MarTin, et on a trouvé tous les deux que ça faisait désordre. Pour sa part, le douanier américain m'a salué d'un chaleureux "welcome home!". Là, je me suis demandé quelle sorte de bêtise vous avez encore faite pendant mon absence....
Pour la peine, je ne vous met pas de photo; ça vous apprendra à jouer avec la souveraineté du Canada!
Je suis rendu à Beaumont, Texas, à quelques minutes de la frontière de la Louisiane. Demain, je file vers l'est jusqu'à la Nouvelle-Orleans, je tourne à gauche et je file tout droit jusqu'à la maison; cap nord-nord-est sur Birmingham, Chattanooga, Knoxville et la route 81, c'est le raccourci que je compte prendre si la météo est avec moi.
Parlant de météo, je crois que je vous ai fait une promesse de gascon; je vous avais assurées que je ramènerai le soleil et la chaleur, et bien c'est raté! La chaleur m'a échappé dans un moment d'inattention, juste à côté de San-Jacinto alors que je pensais à cet incompétent de Santa Anna qui se prenait pour le Napoléon de l'Amérique et qui a soldé la moitié de son pays... Il me reste toujours le soleil, et je vous promets de le tenir solidement jusqu'à Montréal.
Quand même, Marie, c'est pas très charitable de me tirer la pipe parce que j'ai donné mon manteau! En plus me comparer à Saint Martin, ça je ne le prends pas. Si je me rappelle bien, il n'avait donné que la moitié du sien à un pauvre, ce que j'ai toujours trouvé un peu mesquin....
Bon, je vais me coucher, demain je sens que je vais faire une étape d'enfer sur des chemins en partie inconnus. L'aventure change d'intensité cependant; mon téléphone fonctionne, j'ai ma carte du CAA, je peux boire l'eau du robinet et il y a des motels et des postes d'essence à tous les coins de route. Je n'ai même presque pas besoin de consulter ma carte ni de conserver des petites coupures pour arroser les policiers!
J'arrive!

jeudi 5 avril 2007

Adios Mexico!


Jean-Pierre en train de regarder la parade! c'était lors de notre retour de San Juan del Sur, un pèlerinage en préparation de la Semaine Sainte.
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Je suis bien loin de ça, désormais; je vous écris de Matamoros, du côté mexicain de la frontière avec les USA où je passerai demain. La partie Latino de mon voyage est terminée, un peu plus de 3000 km au compteur depuis la Quinta Marita. Il m'en reste 4000 environ, mais ça va aller plus vite; d'abord, je vais prendre un raccourci, et ensuite, je vais faire des étapes plus longues. Un des problèmes en Amérique latine, lorsqu'on fait de la route, c'est qu'il faut déterminer l'étape à l'avance pour être sûr d'y trouver le gîte et le couvert dans des conditions décentes. Tenez, hier j'ai décidé d'étirer un peu l'élastique; parti de Veracruz, j'avais décidé de coucher à Poza Rica. Comme le trajet s'est bien passé et que j'étais en super forme, j'ai décidé de filer jusqu'à Tampico, soit 250 km de plus. En plus, je sais qu'il y a un Holiday-Inn à la sortie de la ville, en plein ce qu'il me faut pour être prêt le lendemain. Après m'être tapé les embouteillages de fin de journée dans la traversée de la ville, j'arrive enfin à l'hôtel, complet! C'est le début des congés de la Semaine Sainte! L'hôtel suivant est complet aussi! Il est 19 heures, c'est la brunante, le ciel est couvert de nuages traversé d'éclairs terribles, à mesure que je m'éloigne de la ville les maisons se raréfient et la ville suivante est à 200 km. J'arrive enfin à un motel isolé en plein champ. Je rentre à regrets, car comme vous le savez sûrement, au Mexique, les motels se louent à l'heure; se sont tous des hôtels de passe. Le propriétaire m'accueille, et sentant ma réticence m'invite à visiter la chambre pour conclure sa vente; c'est vrai que c'est une belle grande chambre moderne avec un grand lit et des grands miroirs, bien équipée pour servir ses fins scabreuses, avec même un garage privé pour cacher l'auto aux yeux des épouses jalouses. Le mec m'offre même de venir m'accompagner à un café internet pour vaincre ma dernière objection; quand je lui dis que j'en aurai pour 30 minutes au moins, il me répond "pas grave, ma mère va venir me chercher. C'est ma mère qui est propriétaire, je suis le gérant". Sa mère! Ça y est; il va me faire le coup de "Psycho"! Tout y est: le ciel, la nuit, le motel désert, il ne manquait que le rideau dans la douche, c'était une porte de verre. Ça fait rien, j'ai quand même tenu à parler à sa mère avant de m'installer, juste pour voir si elle était vivante. Ah oui, ils fournissent le condom de courtoisie, mais pas les filles, alors ne soyez pas jalouses.
Tout ça pour dire qu'aux États, je n'aurai pas besoin de planifier; j'ai juste à rouler tant que j'en aurai le goût, et arrêter quand ça me chantera, et je n'ai pas l'intention de traîner beaucoup dans ce pays, de toutes façons, j'en ai assez vu pour cette fois. S'il fait beau, et que les cerisiers sont en fleurs, j'arrêterai peut-être une journée à Washington; j'ai toujours été fasciné par ce contraste de la douceur induite par ces milliers de cerisiers fleuris dans cette capitale de la violence mondiale! Vous devriez aller voir ce spectacle au moins une fois si vous ne l'avez jamais vu...
Je ne vous parle pas de mon étape d'aujourd'hui, elle fut tout à fait insignifiante (mis à part que j'ai traversé le tropique du Cancer, cette fois dans le mauvais sens!); je pense que j'ai perdu momentanément le goût de découvrir de nouvelles choses. J'avais pensé arrêter luncher dans une communauté Mennonite, entre Tampico et Ciudad Victoria, mais je ne l'ai pas fait. Il y a une importante communauté mennonite installée ici; c'est la branche intelligente.... L'autre est installé en Saskachewan ou Alberta, vous voyez l'idée! À la place, j'ai arrêté dans une cantina, et ils m'ont offert le choix entre un café bouilli ou un café instantané! J'aurais vraiment dû faire le détour!
Demain, passage de l'avant-dernière frontière; j'espère qu'ils ne me piqueront ma provision de cigarettes à 1$ le paquet, ça va taxer mon budget de voyage....

mardi 3 avril 2007

6ème jour, repos!

Bon, on recommence. Je vous avais écris le plus joli message qui soit, le plus spirituel et sensible depuis que j’ai commencé à écrire ce blog, (France me dit que c’est blogUE en français; comme si je n’avais pas assez de Jacques Brouillet pour corriger mon français!) quand pouf! Il est parti dans les limbes! J’aurais dû m’en douter; je suis installé au bord de la piscine, en sirotant une Corona bien froide à votre santé à toutes (allez, tous pour les gars aussi) et ma connexion internet laisse un peu à désirer. On ne peut pas tout avoir!
Je recommence donc, mais ce sera plus court et moins spirituel, juste pour vous faire savoir que je suis vivant, en bonne santé et arrivé depuis hier à Veracruz. L’esprit c’est comme l’alcool (d’ailleurs c’est absolument un synonyme) l’abus engourdit les sens.
Je suis rendu de nouveau à Veracruz depuis hier soir. J’ai décidé de prendre une journée de farniente le 6ème jour; pas comme l’Autre qui s’arrêta le 7ème après avoir botché la job comme dit si bien Bertrand Russel : «Si je recevais la toute-puissance, avec des millions d'années pour expérimenter, je ne penserais pas à me vanter de l'Homme comme résultat de mes efforts. » Non, j’ai arrêté parce que je nourris simplement un amour immodéré pour cette ville comme vous savez, et je voulais juste vérifier si elle le méritait. Veracruz me fait penser à Montréal ; c’est une ville de 500 000 habitants, un des ports les plus importants du Mexique, actif depuis le XVIème siècle. Son quartier historique présente une architecture homogène et son Zocalo ressemble à la place Jacques Cartier avec des Mariachis. Jacques Cartier s’est vraiment planté de nous installer là-bas alors que la place ici était encore à prendre !
Mon voyage s’est déroulé comme un charme ; je roule désormais franc-nord et je me rapproche de vous à grande vitesse. Ne vous inquiétez pas cependant ; jusqu’à présent je n’ai pas avancé plus vite qu’à l’aller, si je vous en donne l’impression, c’est probablement parce que l’idée de retour implique un sentiment d’urgence totalement subjectif. Demain, j’allongerait le pas pour vrai ; je vais tenter de faire en un jour ce que je fis en 2 à l’aller. Comme je vais longer la mer toute la journée, je veux m’éviter les tentations. Faut quand même que je revienne après tout.
Hier j’ai fait de l’autoroute presque tout le long ; le vrai luxe ! Enfin, c’est comme ça qu’ils appellent ce genre de route à péage ; il y avait quand même des chars à bœufs, des ânes, des moutons qui rentraient tous seuls à la maison, des hommes à bicyclettes, un homme avec deux bicyclettes, des piétons venant d’on ne sait où, un grand store vertical qui fait un joli bruit quand on roule dessus. Il manquait juste le raton laveur pour faire penser à Prévert !
J’ai aussi enfin été arrêté par l’armée, ça commençait à me manquer ! Choc culturel : Bonjour, je suis le lieutenant Gonzalez, je vous contrôle dans le cadre d’une opération de vérification des armes et explosifs ; d’où venez-vous, où allez-vous, vos papiers SVP. Est-ce que les autorités mexicaines ont été courtoises avec vous ? J’en suis resté bouche bée et je l’ai fait répéter : est-ce que les autorités mexicaines ont été courtoises à votre égard ? Voilà, c’est bien ce que j’avais entendu. Comme je ne voulais pas lui faire de peine, je ne lui ai pas parlé du ripoux de Matamoros et je l’ai remercié pour sa sollicitude.
C’est un peu ça que je voulais vous dire l’autre jour en vous parlant des différences entre l’aller et le retour ; Lorsqu’on rentre au Mexique en venant du nord, on arrive carré dans le tiers monde. Lorsqu’on y rentre par le sud, on arrive en Amérique du nord, et c’est vraiment l’impression que j’ai eue. Guy, tu as tout faux avec ton exemple de Longueuil, à part peut-être pour la police qui, avec celle de Laval, a des fois des airs de parenté avec les flics du vrai sud…
Il fait chaud et humide ; si je réussis à publier ce message, je vais aller me rafraichir un peu dans ma chambre climatisée, et après direction le Zocalo pour un repas tranquille sur une terrasse. Je prendrai une ou deux Coronas bien froides en pensant à vous, et Marie, je te promets que je ramène le soleil avec moi.

dimanche 1 avril 2007

Dans mes traces



La route au Guatemala, tout près de la frontière Mexicaine, à Ciudad Cuauhtémoc. Nous sommes au fond d'un canyon vertigineux, et la rivière coule à 300 pieds plus bas. Il y a 34 croix, et elles portent plusieurs dates différentes, toutes assez récentes. Souvent, plusieurs membres de la même famille. Quand je vous dis que je vis dangereusement!
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Je m'en suis encore mis plein les mirettes! C'est décidé; le retour je le fais en char à boeufs, et je ne conduis pas. Je regarde et j'admire ces paysages fabuleux jusqu'à m'en user les yeux. J'ai regretté mille fois de ne pas vous avoir avec moi pour partager à vif ces moments privilégiés. Je pense même que j'aurai supporté vos appels à la prudence qui m'irritent tant d'habitude.
Je suis parti tard ce matin, victime d'un excellent canular de 1er avril de mon ami Jean-Pierre. J'ai pris la route vers 9 heures 15, alors que j'étais prêt à partir dès 8 heures. C'est pas bien grave, après tout je suis en vacances définitives, et rien ne pressera jamais plus, sauf ce rendez-vous aléatoire avec vous, mes admiratrices. Les mecs, je vous aime pareil, mais vu que vous ne m'écrivez pas, ou si peu, je préfère parler aux filles qui elles m'écrivent de temps à autres. Voilà.
J'ai donc quitté Guatemala-Ciudad, Guaté pour les intimes, ce matin et je suis arrivé à Tuxtla-Gutierrez vers 19 heures. Oui, j'ai roulé la nuit, mais fallait bien arriver quelque part... À part un petit bout au nord de la frontière, pas une seule ligne droite; une vrai route de montagne en lacets, à peu près 3 millions de virages pris à fond la caisse. J'ai une très bonne voiture, merci Anne-Louise; elle dérape franchement des quatre roues, et elle revient docilement dans le droit chemin. J'ai eu l'occasion de l'expérimenter souvent, surtout sur des tronçons de routes en réparation, couvert de petit gravier fin. J'ai découvert à cette occasion que c'est mieux de déraper du côté de la montagne que du côté du ravin! Essayez et vous verrez ce que je veux dire. Je ne me lasse pas de le dire, mais les paysages sont proprement fantastiques; ces montagnes volcaniques escarpées, couvertes de végétation tropicale paraissent bordées de dentelles. On distingue clairement la ligne des arbres au sommet, et ça fait des paysages uniques et typiques à cette région.
J'ai pensé coucher à San Cristòbal de las Casas; j'ai raté l'étape à l'aller, et je l'ai finalement écartée au retour. Trop tard, d'abord, et ensuite j'ai trouvé qu'il faisait froid ( 17°C à 18 heures) et sombre (nous sommes à 1500 mètres d'altitude) Le ciel était couvert de nuages, et j'ai essuyé la première pluie depuis janvier. Alors j'ai filé jusqu'à Tuxtla, 80 km de moins à faire demain. Quelle bonne idée que j'ai eue! La route de San Cristòbal à Tuxtla est accrochée à flanc de montagne (elle aussi) et elle offre des paysages dantesques; malgré la brunante, on distinguait très bien la vallée en bas, sous un ciel échevelé où l'on voyait à la fois du bleu et des nuages fantasmagoriques éclairés par le soleil couchant. Il y a même eu des éclairs en altitude; je crois que je n'oublierai jamais ce spectacle!
Je marche dans mes pas depuis hier, et je vais continuer jusqu'à la frontière des USA; on ne peut pas tout voir, et il y a quelque chose de magique à repasser dans ses traces. On voit les mêmes choses mais différemment; probablement l'acclimatation à cette vie du sud. Demain je pars pour Veracruz (à moins que je ne change d'idée!) Je suis vraiment amoureux de cette ville, alors il faut que je vérifie.... Après, je fouette les chevaux, et il se pourrait que j'arrive à Montréal bien avant que prévu. À suivre....
J'oubliais; depuis mon entrée au Mexique, je suis enfin assuré. C'est trivial, mais j'ai eu à l'occasion des petits malaises à rouler sans assurances; je vais enfin pouvoir rouler sans craindre de me voir emprisonner en cas d'accident. Ça fait du bien.
Je ne vous ai pas parlé du passage de la frontière, c'est parce qu'il n'y a rien à dire; je suis passé comme un charme et ça ne m'a rien coûté. Les douaniers mexicains sont en moyens de pression pour le salaire et la sécurité d'emploi, et ceci explique peut-être cela. Faudrait quand même que je vous raconte ce village frontière, La Mesilla d'un bord, et Cuauhtémoc de l'autre; mieux, il faudrait qu'on y retourne ensemble, si vous me promettez de ne pas faire de crise d'angoisse dans ce vrai coupe-gorge....
À demain, à Veracruz ou ailleurs. Continuez à m'écrire, je ne me lasse pas de vous lire.