lundi 26 février 2007

Charlatan


Le cratère du volcan Santiago vu de -très- près. Derrière le rocher, les feux de l'enfer....
Les gardiens du parc nous demandent de tourner nos véhicules en direction de la descente pour être prêts à partir vite en cas d'un accès d'humeur de ce volcan qui fume ainsi depuis 350 ans.
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Encore une fois, la photo n'a rien à voir avec le titre; c'est juste que j'ai fini par trouver qu'une photo, c'est vraiment chic dans un blog... Je n'en prends pas beaucoup, aussi bien vous les montrer chaque fois que j'en ai l'occasion.
Le Nicaragua est un petit pays, de peu d'intérêt stratégique aujourd'hui. Il n'en a pas toujours été ainsi. Depuis sa "découverte", lire sa colonisation en 1524, il a été soumis aux volontés impérialistes de la plupart des pays "développés". L'Espagne, l'Angleterre puis les États-Unis Amérique ont essayé d'occuper ce territoire. Devinez quoi? Les États-Unis ont gagné! Ils occupèrent ce pays pendant 20 ans, ce qui est peu de temps dans la vie de l'humanité mais beaucoup dans l'histoire d'une nation. Ils continuent à assurer une influence prépondérante sur sa vie sociale et économique, en ligne directe avec les orientations dictées par la doctrine Monroe. L'Amérique centrale est la cour arrière des États-Unis, et tout ce qui s'y passe doit recevoir leur assentiment. Mieux vaut une dictature qu'ils contrôlent qu'une démocratie qui peut aller Dieu sait où! Ce pays pourrait un jour devenir une alternative économiquement rentable au canal de Panama, il est impératif pour eux d'y conserver une influence décisive.
Bon, j'y reviendrai, mais ce n'est pas de ça dont je voulais vous parler. Nous avons un nouveau pensionnaire dans notre maison; un bébé chat dont la mission sera de chasser les mulots effrontés qui entrent sans permission. Voilà 3 jours que nous l'avons et déjà on peut mesurer son efficacité. Les mulots ont exercé un repli stratégique. Je sais qu'ils reviendront dans cette maison de plain pied largement ouverte sur la nature, mais nous avons gagné la première manche, hors de tout doute.
En parlant de doute, j'en ai eu un sérieux en l'observant; c'est un beau bébé chat, juste sevré. Il est de couleur fauve assez foncée presque noir, grosses pattes avec des griffes conséquentes, face triangulaire assez fine, canines développées, yeux jaunes et queue courte et droite. Finalement, il est musclé comme un lutteur de foire, et surtout, c'est ce qui a provoqué mon doute, il a une amorce de touffes de poils qui couronnent ses oreilles... Depuis que nous l'avons, je passe mon temps à consulter internet pour voir à quoi ressemblent les bébés jaguar, pumas et autres félins qui peuplent les forêts environnantes, on ne sait jamais. Je continue à l'observer attentivement et je vous enverrai une photo à la première occasion. En attendant, je vais acheter des cartouches de gros calibre pour l'escopette, parce que vraiment, les grosses pattes et les grandes griffes et les poils sur les oreilles, ça fait réfléchir même l'imprudent que je suis! Au fait, il s'appelle Charlatan en attendant mieux.
Je ne voulais pas vous parler de ça non plus, je fais du remplissage en attendant. Il fait 38°C, Marc notre 4ème associé est arrivé hier et il se détend dans la piscine. Je garde le sujet dont je voulais vous entretenir pour la prochaine fois; en attendant, je vais aller lire à l'ombre en dégustant une citronnade bien fraîche et en compatissant avec toi, "hypocrite lecteur, mon semblable mon frère".
Voilà, je viens de me rappeler mon sujet du jour, mais il est trop tard pour aujourd'hui. Je vous en parle la prochaine fois, promis.

mercredi 21 février 2007

Vague de froid



Lui, c'est Emer, fils d'Emer et de Leticia qui travaillent sur notre propriété. On l'appelle Emercito pour le distinguer de son père. Il s'est mis à pleurer lorsque je l'ai photographié, sûrement à cause de l'émotion de la première photo, ou d'admiration devant le photographe...

Nous venons de subir notre première vague de froid; il a fait 16°C dans les montagnes, 22°C dans la gloriette à 10 heures du soir. Les médias se sont déchaînés contre les états du nord qui nous envoient leurs surplus de froid; ils ont aussi évoqué "El Nino" et le réchauffement climatique. Je suis fasciné par la mondialisation de l'information; où que l'on soit dans le monde, les journaux traitent des mêmes sujets, au même moment et avec la même superficialité et le même sensationnalisme... La "vague de froid" a duré 24 heures, les journaux ont repris le ron-ron du terrorisme, El Qaeda et la misère des entreprises aux prises avec une fiscalité contre-productive... Daniel Ortega parle de limiter les hausses de salaire des députés qui gagnent 3000US$ par mois. Le salaire minimum tourne autour de 60US$. Faites le calcul et transposez au Québec; avec un salaire minimum à 17 000$ par année, nos députés devraient gagner chacun 850 000$. Ça pourrait faire un bon slogan pour la présente campagne électorale! Au contraire, Mario Dumont pourrait proposer un salaire minimum à 2000$ par année en s'appuyant sur l'exemple du Nicaragua ou des autres pays de la région.

Voilà longtemps que je vous ai écrit pour la dernière fois; arrêtez de m'engueuler en coeur! Je vous aime toujours autant, c'est juste que je suis emporté par le tourbillon de la visite. Je suis presque tous les mardi à l'aéroport de Managua pour accueillir quelqu'un; les hôtesses de Transat (très gentilles et jolies) me prennent pour un concurrent clandestin... Mardi dernier, c'est Jean-Pierre lui même qui est enfin arrivé avec bien sûr le pastis en prime. Pour ceux qui le connaissent (et dieu sait s'ils sont nombreux) vous comprendrez qu'il m'est de plus en plus difficile de trouver le temps et la sérénité requis pour écrire ce blog.... Ajoutez le pastis, et me voilà confronté à un tout nouveau paradigme (pan, je l'ai placé!) Avant, c'était juste le vin et occasionnellement le rhum; maintenant, c'est le pastis, le vin ET le rhum. Je vous ai déjà dit dans une chronique précédente les effets pervers de l'alcool sur mon écriture; et bien, ça se confirme. Il est de toute première importance d'interdire l'alcool à tous ceux qui écrivent, je le répète; ça devrait même être l'enjeu principal de la présente campagne électorale. Comme ça nous aurions au moins un enjeu sérieux dans cette campagne qui risque de passer à l'histoire comme la plus ennuyante des 30 dernières années....

Ceci dit, si le pastis nuit à ma volonté d'écrivain, il faut tout de même reconnaître ses énormes qualités; c'est le vrai apéro du sud, totalement adapté au climat d'ici. Je ne sais pas pourquoi je m'en suis privé ici jusqu'alors, mais il ne sert à rien de revenir sur le passé. Tiens! Il est 16 heures ce dimanche, et je vais m'en servir un bien froid. C'est bien ce que je voulais vous dire; lorsqu'il fait très chaud, comme aujourd'hui, le pastis rafraîchit et parfume l'haleine d'une discrète odeur d'anis. Il grise dès les premières gorgées; pas besoin de voir le fond du verre pour avoir des sensations. Dès les premières gouttes, tout devient plus facile, comme de se diriger dans Managua par exemple. Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé, mais comme plusieurs villes de la région, les maisons de Managua ne portent pas d'adresse. Ça donne des trucs comme ça: pour le plombier, 2 coins de rue vers le lac à partir de la station Shell, puis 1 rue en bas (ça c'est l'ouest) puis 200 "varras" (vieille unité de mesure espagnole; environ 85 cm) vers le lac. Lorsque la station Shell a fermé, ça devient: à partir de l'ancienne station shell...etc. Depuis que je me suis mis au pastis, tout est devenu plus facile; je ne m'y retrouve pas mieux, mais je le fais dans la bonne humeur. Ce qui est vraiment fabuleux, c'est que je reçois ponctuellement mon courrier, malgré une adresse du genre. On a essayé de se faire envoyer un truc du Canada par FedEx, ils ont refusé pour cause d'adresse imprécise. Je ne comprends vraiment pas pourquoi!

J'ai revu mes dernières chroniques et réalisé que je vous promets souvent des textes plus substantiels sur le Nicaragua et ma vie ici. Et bien, je réitère cette promesse solennellement; c'est juste que j'ai besoin de temps et de sérénité et de moins de pastis. Le niveau descend lentement dans la bouteille; gardez espoir. Je vais pour le moins essayer de publier des petites nouvelles plus fréquentes pour que vous cessiez de m'engueuler! D'ailleurs, je tiens quand même à remercier celles d'entre vous qui le font discrètement en m'envoyant un e-mail au lieu de le mettre au vu et au su de tous dans mon blog!

mercredi 14 février 2007

St-Valentin



Montelimar, Nicaragua, hotel Barcelo, la plage vers midi; l'ombre est tout près des troncs...

Ça fait une drôle de photo de St-Valentin, avec personne dessus. C'est pas de ma faute, il n'y avait personne sur la plage; ils étaient tous au bar ou à la piscine ou en train de prendre des cours de Merengue. C'est tant mieux, je crois que les vacanciers de Transat n'auraient pas amélioré la vue.... Drôle de trip que j'ai fait en conduisant André et sa fiancée Johanne, un couple d'amis, passer le week-end dans cet hôtel "tout-compris". On rentre tout d'un coup dans une espèce de sous-culture qui m'est totalement inconnue. C'est beau, c'est riche, c'est confortable, c'est propre, c'est comme Cancun ou Cuba ou n'importe où sous les tropiques; voilà, c'est exactement comme n'importe où sous les tropiques. Ça fait sûrement bien la job quand on veut juste changer le mal de place et oublier le quotidien pour une semaine ou deux, mais c'est seulement comme n'importe où. Ce fut ma contribution personnelle à la St-Valentin.

Après avoir déposé les amoureux, je suis rentré tout seul à la maison et revenu ainsi dans le monde réel; une demi-heure de route pavée à travers des plantations de canne à sucre suivie de paysages montagneux assez arides, mais ouvrant de temps à autres des paysages époustouflants. J'ai bien dit une route pavée; pas asphaltée, pavée avec des pavés. Plusieurs routes et rues de ce pays à faible coût de main d'oeuvre sont ainsi construites; ça fait des chemins assez confortables où l'on roule tranquillement en profitant du paysage. Les automobiles sont rares, les gens assis à l'ombre sur leurs pas-de-porte dans les pueblos me suivent longuement du regard, comme le riche intrus que je suis dans cette campagne pauvre de ce pays pauvre. Ici, les voitures personnelles sont rares et remarquées. Les gens se déplacent en "chicken-bus"; c'est ainsi que l'on appelle ces autobus scolaires réformés dans nos pays pour devenir ici la base du système de transport en commun. Les passagers s'y entassent bien au-delà de ce qui nous semblerait déjà excessif; ils voyagent parfois debout sur les marchepieds, voire sur le toit avec les bagages. Les sièges prévus pour deux enfants accueillent trois adultes et leurs bagages à main. Le prix du passage est ridicule selon nos critères, mais il est encore trop cher pour les usagers, comme en témoignent les crises sociales entraînées par les augmentations de tarif découlant des hausses du prix du pétrole.

Le système officiel de transport en commun est complété par la débrouille plus ou moins organisée, et tarifée selon la tête du client; tout ce qui se déplace sert au transport de personnes. Voitures privées, camions, pick-up etc. Au cours de mon voyage dans le sous-continent j'ai pu mesurer la capacité d'un pick-up standard: pour la marchandise, seule la hauteur du chargement est limitée, probablement par la hauteur des viaducs. Pour les animaux, le record c'est deux boeufs Brahma en biais, tête-bèche selon la diagonale; j'ai failli les suivre pour voir le spectacle du débarquement. Pour les êtres humains, mon record s'établit à 14 debout. Pour être juste dans ce petit portrait du transport en commun centraméricain, je dois dire qu'il y a aussi des autobus de luxe (comme les notres) pour les grandes distances. Le trajet de Managua à San-Jose (Costa-Rica) coûte 12,50$ pour 9 heures de route. Le salaire minimum s'élève à 60$ par mois.

Longue digression pour vous dire que je suis rentré seul à la maison. Pour la première fois depuis mon arrivée. Leticia m'a fait une cuisse de poulet avec du riz et une espèce de ratatouille fort bonne ma foi. J'ai mangé seul dans la gloriette, sans livre et sans télévision, juste à savourer le plaisir d'être seul dans ce petit paradis et d'écouter les bruits de la nuit tropicale. Seul? pas tout à fait; comme vous le savez déjà, je partage la gloriette avec des tourterelles tristes. La deuxième génération est en pleine saisons des amours... Il y a aussi des lézards nocturnes; ils sont vert très pâle, presque albinos. Je suppose qu'ils ne voient jamais la lueur du soleil, c'est sans doute ce qui explique leur pâleur. Ils se tiennent près des lumières et dévorent tous les insectes qui passent à portée de leurs dents. Je dis leurs dents, parce que je les ai vus prendre des mordées dans les ailes des papillons de nuit jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voler. Drôle de méthode de chasse! Les papillons tombent par terre, et les lézards restent en haut comme des cons à les regarder. À part un malin qui m'a sauté sur l'épaule, les autres ont dû se contenter des petits moucherons qui sont encore plus cons que les lézards comme chacun sait. La nature est cruelle.

Encore une digression! Je voulais juste vous dire le plaisir que j'ai eu à me retrouver seul dans la maison. Je sens la misanthropie me gagner lentement mais sûrement; pas la version Molière, mais plutôt la déclinaison Alexandre le bienheureux. Si vous ne savez pas ce que je veux dire, allez louer le film.

Bonne St-Valentin à toutes mes admiratrices!

samedi 10 février 2007

La gloriette

La voilà la gloriette où je passe une grande partie de mon temps. Si mon blog ne me trahit pas, c'est les deux photos du haut. Bon, mon blog a l'air de vouloir me trahir. Alors la photo du haut la montre vue de loin, et la suivante de plus près. J'aurais pu l'appeler pavillon de jardin, ou encore gazebo, mais franchement, je trouve que gloriette ça donne du style....
La voilà donc vue de plus près. La mise en page sera pourrie, je le sens, mais je sais aimables lectrices que c'est le fond qui vous intéresse! Je partage cette gloriette avec les amis et les partenaires; la place n'y manque pas. Nous y avons installé une table pour huit, et il reste assez d'espace pour y danser, si le coeur nous en dit. Je partage aussi ce lieu avec une famille de tourterelles tristes. Depuis mon arrivée elles ont eu deux bébés qui viennent de quitter le nid. Le premier est tombé, je l'ai recueilli; il est resté perché sur mon doigt pendant 5 bonnes minutes. C'est de là qu'il est parti pour son vol inaugural totalement réussi; papa et maman ont surveillé toute l'opération et ont salué l'envol d'un roucoulement plutôt gai, ce qui n'est pas rien venant d'un couple de tourterelles tristes!
Les 2 photos suivantes, c'est la maison. D'abord l'angle sud-ouest, opposé à la gloriette. On y voit les 2 galeries où nous allons lire ou prendre l'apéritif à l'ombre. C'est l'endroit approprié pour s'isoler de temps à autres et bien sûr à l'abri des mangues tueuses.
Voilà la galerie sud. La fenêtre de droite donne sur le boudoir, et on distingue la porte d'entrée (la porte de sortie se situe sur le mur ouest) On peut aussi entrevoir les chaises berçantes que nous avons acquises récemment pour commencer à nous meubler. On remarque aussi sur les deux photos le chemin en rocade qui contourne la pelouse de l'entrée. La ligne jaune date de l'ancien propriétaire qui était certainement un homme d'ordre; il avait même fait peindre des flèches pour indiquer le sens du trafic. Je prends toujours soin de le prendre à l'envers pour me donner un petit frisson d'illégalité pour pas cher...
Voilà pour aujourd'hui; je trouve que ça fait chronique d'agent immobilier, mais je vous reviendrai bientôt avec des trucs plus substantiels sur la petite vie d'ici. L'idée était de ne pas trop vous faire languir et de publier quelques photos que vous me réclamez avec insistance. Afin de vous satisfaire, j'ai essayé un nouveau truc avec "Picasa"
Un petit mot pour mes admiratrices anonymes; s'il vous plaît, désanonymisez-vous, je m'ennuie de ne pas vous connaître.... Surtout que je vous garantis la discrétion si vous m'écrivez directement à mon adresse courriel. Je ne sais pas si elle apparaît sur le blog, alors je l'indique ici pour plus de sécurité: pierre.marin@gmail.com

mardi 6 février 2007

Tous les risques!

Un des 13 ou 15 manguiers de la propriété



Le cratère du volcan Santiago à Masaya, vu d'assez près; je suis allé au bord, mais la photo est trop épeurante!
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Le Nicaragua est le pays de tous les risques; sur une échelle de 0 à 10, il est coté 10 pour les risques de tremblements de terre, 8 ou 9 pour les risques d'éruptions volcaniques et 7 pour les risques d'ouragans tropicaux. Je vous cite ces chiffres de mémoire, mais vous pouvez toujours les vérifier, entre autres sur le site http://www.ineter.gob.ni/geofisica/sis/monitor.html ou encore faire une recherche sur Google avec Nicaragua+un nom de catastrophe naturelle; on ne peut pas se tromper, tous les risques naturels sont ici à leur maximum. En 1609, la ville de Leon fut entièrement détruite par un tremblement de terre et des éruptions volcanique, Managua fut dévastée par un tremblement de terre en 1972, puis par l'ouragan "Mitch" en 1998. La cote du Pacifique est menacée par les tsunamis, et la cote Caraïbe est une plaque tournante du trafic de drogues colombiennes à destination des États-Unis. Tout cela s'ajoute aux risques habituels des pays tropicaux que sont l'instabilité politique, les risques sanitaires causés par les déficiences du système de santé, par les maladies endémiques répandues par l'eau "potable" et les insectes piqueurs, et enfin aux risques causés par la criminalité que l'on attribue presque naturellement aux pays pauvres...
Le site du ministère des affaires étrangères du Canada, ainsi que ses homologues des pays développés mettent les voyageurs en garde contre ces risques réels; la lecture de ces avertissements est assez dissuasive et devrait normalement inciter les personnes raisonnables à éviter ces contrées lointaines, terres de tous les dangers. La lecture de ces mises en garde est assez déprimante pour qui aspire à connaître le vaste monde; heureusement, il y a des compensations pour qui décide malgré tout de partir....
Il y a tout d'abord le soleil, et le rhum et le café et ces longues après-midi oisives à l'ombre au bord de la piscine; Aussi cette profonde satisfaction d'échapper aux "grands" débats qui animent la société québécoise.... Je n'en parlerai pas plus qu'il ne faut, mais je suis tellement heureux de ne pas avoir à me prononcer sur les accommodements raisonnables, sur le nom de l'avenue du Parc, de ne pas avoir à choisir entre Boisclair et Charest, ou entre Harper et Dion que je suis prêt à affronter tous ces dangers, le temps qu'il faudra, et même plus.
D'ailleurs, en parlant de dangers, j'ai oublié de vous parler du plus menaçant, les mangues. C'est le pire risque réel auquel je suis exposé, tous les jours, et je l'affronte stoïquement. J'ai même failli oublier de vous en parler... Nous avons 13 ou 15 manguiers sur la propriété (le nombre varie directement en fonction de la quantité de rhum ingurgité!) Ce sont des arbres énormes chargés de centaines de mangues arrivant à maturité. De temps à autres, surtout quand la brise agite les frondaisons, une ou plusieurs d'entre elles se décrochent et tombent avec le son mat caractéristique de la mangue qui a raté sa cible humaine et s'écrase sur le sol. Le trajet entre la gloriette et la maison est particulièrement exposé, et j'ai oublié mon casque de construction à la maison. Je crains autant les mûres que les vertes, encore que je pense que les vertes étant plus dure, elles doivent frapper plus fort! J'espère fortement survivre à ce risque et profiter de l'expérience que je suis en train d'acquérir pour me préparer à affronter la saison des avocats qui s'en vient bientôt...
Comme vous pouvez le constater, amis, je vis dangereusement dans cette région troublée; je ne sais pas si c'est mon goût immodéré pour le risque ou bien autre chose, mais je ne donnerais pas ma place, pour le moment.
C'est bientôt l'heure du rhum; j'irai recompter les manguiers après.

jeudi 1 février 2007

La escopeta

Paysage au volcan qui fume, au loin. J'ai aussi une photo d'un volcan qui fume de près, je vous la montrerai une autre fois...



C'est vrai, je suis sous les tropiques! Des bananes mûrissent accrochées au plafond de la terrasse qui jouxte la salle à manger. Elles sont prêtes à consommer, alors j'en mange une de temps à autres, avant qu'on ne les jette comme nous avons jeté les oranges et les mandarines et les mangues trop mûres pour les remplacer par d'autres fraîchement cueillies sur la propriété ou ailleurs. Nous avons dû en jeter ainsi au moins une dizaine de kilos depuis que je suis installé ici. Cette abondance tranche avec la pauvreté de ce pays de contrastes; ce n'est d'ailleurs pas le seul paradoxe qui frappe le néophyte.
Plusieurs d'entre vous m'ont vu partir avec inquiétude vers ces contrées agitées par une violence épisodique; les mémoires restent marquées par les épisodes de répression et de résistance armée qui émaillent l'histoire de L'Amérique latine et en particulier du Nicaragua. Nous conservons ainsi l'image durable de pays où les enfants apprennent à utiliser la Kalachnikov juste avant d'apprendre à marcher.... Je suis en train de procéder aux vérifications d'usage avant de me prononcer définitivement sur la véracité de cette image. Le pays a connu une guerre très dure qui a duré une dizaine d'années de 79 à 90, à peu près. La prise de pouvoir par les sandinistes n'a pas été acceptée par les États-Unis qui ont financé un mouvement armé (La Contra) pour abattre le régime de Daniel Ortega. Ils ont réussi à faire de ce pays un des trois plus pauvres du continent en plus de faire plus de 50000 victimes. Les USA ont été condamnés par la cour internationale de justice et par l'assemblée générale de l'ONU à verser des réparations de 17 milliards de dollars. Bien sûr, ils refusent de les verser, les morts sont toujours morts, et les vivants sont toujours pauvres. Notez que bien que pauvres, ils viennent quand même de réélire Daniel Ortega, ce qui constitue une autre façon de dire qu'on peut être pauvre et envoyer les USA se faire cuire un oeuf... Le peuple du Nicaragua est un peuple pauvre ET fier.
Je vis ici dans un quartier aisé, dans la périphérie de la capitale; quelques ambassades, mais surtout des propriétés privées appartenant à la moyenne bourgeoisie commerçante. La plupart de ces résidences sont entourées de hauts murs et sont gardées la nuit. Nous avons fait comme les voisins; nous avons aussi engagé un gardien par sympathie avec eux, et aussi parce qu'il faut ce qu'il faut. Selon notre assureur, qui vit à côté en passant, il n'y a jamais eu d'incident dans cette maison depuis qu'elle a été construite il y a 20 ans. La loi des moyennes veut donc qu'il devrait y en avoir bientôt.... Notre gardien voulait un fusil, une "escopeta", parce que tous les gardiens du voisinage en ont une. J'ai trouvé l'argument imparable, alors je suis allé acheter une escopeta. Ça prend un permis de transport, et pour avoir ce permis, faut être résident du pays et dûment immatriculé. Comme le voisin est intéressé à ce que notre gardien soit armé pour ne pas rompre la chaîne de sécurité, j'ai acheté l'arme à son nom, avec son permis. Ensuite, il faut immatriculer le fusil au commissariat de police; me voilà parti avec Nello (C'est le voisin), l'escopeta sous le bras dans le poste de police. "-Bonjour, on vient pour enregistrer une arme" Le planton nous indique le bureau au fond de la cour à droite; on traverse une petite foule disparate et résignée, quelques uns attendent manifestement leur tour pour parler à un prisonnier à travers un trou percé dans la vitre du parloir. Nous croisons trois fois des officiers qui nous serrent la main en nous dirigeant vers le bureau approprié! Je commence à trouver ça assez cool de me promener dans un poste de police avec un fusil anti-émeutes sous le bras, sans que personne ne me pose de questions! Finalement nous y voici; mon nono de voisin conte toute l'histoire, sans oublier de dire qu'il me sert temporairement de prête-nom, vu que je viens d'acheter sa maison et que je ne suis pas résident.... L'officier apprécie la situation, m'offre d'acheter sa maison et nous demande de revenir un autre jour avec plein de photocopies de pleins de papiers et le reçu des droits que nous devons acquitter à la banque. Du vrai Pagnol! On retraverse la cour des miracles, et direction la banque (cette fois-ci, nous laisserons l'artillerie dans l'auto!) Trop de monde à la banque, on reviendra lundi. La pâtisserie à côté nous attire avec ses odeurs de pain frais sortant du four; nous achetons quelques gâteries pour nos foyers respectifs, et hop, de retour à la maison pour le déjeuner des lève-tard.


Le soir, Vidal notre gardien ne se tient plus de bonheur; il va devenir enfin l'égal de ses collègues des résidences environnantes en abandonnant le machette pour une escopeta toute neuve... Je lui remets le fusil avec une poignée de cartouches. Saisi d'un doute, je lui demande de le charger et de tirer une ou deux cartouches. J'ai bien fait, il ne sait pas s'en servir!!! Je lui montre sommairement, tire deux coups, et décide de ne pas lui donner de munitions en attendant qu'il apprenne à s'en servir. Nous convenons que je lui donnerai des cours de maniement d'armes de temps à autres, et me voilà devenu, aussi, sergent instructeur.


Je vous conterai la suite de l'histoire une autre fois, mais il est certain que notre gardien ne tuera personne dans les prochains mois!


C'est ainsi que j'ai obtenu la preuve qu'il existe au moins un nicaraguayen qui n'a pas appris à utiliser une kalachnikov dans le ventre de sa mère! Comme quoi nous avons intérêt à ne pas nous fier aux idées reçues....


Voici plus d'un mois que je suis parti de Montréal; il fait beau et sec depuis que je suis arrivé. Le soleil se lève invariablement à 6 heures, et tous les oiseaux se mettent à chanter en même temps. Il se couche toujours à 18 heures, et tous les oiseaux vont faire dodo. Myriam et Santiago nous ont quitté aujourd'hui pour le Costa-Rica et je les ai conduit ce matin à 7 heures à leur autobus. Je reste seul avec André en attendant la visite prochaine de Jean-Pierre. Nous sommes allés chiner des hamacs à Masaya et manger du poisson au bord de la lagune.


Je vous reviendrai bientôt avec d'autres petites histoires de la vie ici, je sens que je vous ai négligé quelque peu ces derniers jours!