dimanche 6 mai 2007

Histoires d'oiseaux


Vue partielle du marché, dans les rues de Granada avoisinant le Parque Central; la photo a été prise dans la voiture (on voit bien son antenne), et oui j'ai réussi à passer jusqu'au bout de la rue, avec mal mais sans casse.
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Le parc qui entoure la maison est rempli de fruits, de fleurs, de feuilles et de branches ainsi que de mon coeur qui ne bat que pour vous. Je vous en ai déjà parlé, je vous en parlerai encore, sans doute, je ne m'en lasse pas. Nous avons aussi des oiseaux, des centaines d'oiseaux de toutes sortes, mais principalement du genre tropical, allez savoir pourquoi. Depuis peu, nous en avons deux de moins, mais c'est une triste histoire, je vous la conterai plus tard.
Il y a 725 espèces d'oiseaux au Nicaragua; si vous ne me croyez pas, allez donc voir ici: http://www.oiseaux.net/liste/birds.in.nicaragua.html C'est mon ami Charles qui m'a obligeamment trouvé ce site. 725 espèces, c'est beaucoup; heureusement elles ne se trouvent pas toutes sur notre terrain, nous ne saurions pas où les mettre, mais nous en avons beaucoup, beaucoup. Ils sont de toutes les couleurs et ils chantent toutes les chansons, comme ça leur plaît, et à l'heure qui leur plaît. Chaque espèce a ses heures de pratique et ses airs favoris et tout ça fait un concert exotique et charmant. Certaines espèces abusent cependant de la force de leur nombre; prenez le quiscale à longue queue, par exemple. Il a littéralement évincé les autres espèces du "Parque Central" de Granada. Je vous ai déjà parlé de Granada; c'est une petite ville coloniale, la première installation urbaine en Amérique qui subsiste sur les lieux même où elle fut créée par les colonisateurs espagnols. Détruite et reconstruite à plusieurs reprises au cours de sa longue et violente histoire, elle est devenue une attraction touristique de premier plan, tant par la qualité de son architecture coloniale que par le plaisir que l'on prend à se promener dans les rues et ruelles du quartier historique, ou à chiner dans le marché qui s'y installe, plusieurs fois la semaine. À l'heure de l'apéro, on finit toujours par se retrouver sur une terrasse ombragée du Parque Central pour assister au concert quotidien et inoubliable des quiscales à longue queue. Tous les jours, vers 18 heures, à l'heure où le soleil plonge dans le lac Nicaragua tout proche, des millions de quiscales viennent s'installer pour la nuit dans les arbres de la place à grand renforts de cris, de sifflements, de gloussements et de caquetage. Leur grand nombre rend le concert littéralement assourdissant. Puis, d'un coup, comme si un mystérieux chef d'orchestre leur en avait donné le signal, tout s'arrête au moment précis où le soleil disparaît de l'horizon. Silence total. L'instant est magique; c'est un grand moment pour commander la 2ème tournée de Campari-tonic (c'est ce que je prends quand je ne trouve pas de pastis)....
La grande variété d'espèces vivant à la maison nous protège efficacement contre les tentations impérialistes d'une seule espèce; je prends grand plaisir à les observer depuis la gloriette, surtout le matin en prenant mon café. Il y a, entre autres, cette colonie de troglodytes, de l'espèce à nuque rousse je crois. Cet oiseau a un chant très mélodieux, et mâle et femelle chantent souvent en duo des chants très sophistiqués. Je les ai vus construire leur nid, et j'ai cru un moment faire une découverte ornithologique. Heureusement, je l'ai gardée pour moi. J'étais donc à observer le travail de ce couple en train de bâtir leur nid dans le creux d'un jeune bananier quand je remarque un troisième oiseau qui leur donne un coup de main! Surprise du néophyte... Serait-ce un couple aux moeurs relâchées me demandais-je in petto? Lorsqu'un quatrième larron s'est joint au trio, je me suis mis à préparer une communication à l'académie des sciences, sûr de tenir enfin la célébrité en exposant les moeurs dissolues de certains volatiles partouzards.... Hélas, j'ai appris depuis que certain troglodytes vivent en commune, jusqu'à 10 ou 12 dans le même nid; tant pis pour mon scoop, le mystère est levé. Ça fait rien, je les ai vus, jour après jours faire des efforts inouïs pour bâtir un nid à plusieurs dans le creux d'un bananier; or, comme chacun sait, les feuilles de bananiers poussent justement dans le centre du tronc, à l'endroit même où ils bâtissaient leur commune, de telle sorte que leur nid se délitait à mesure que les feuilles poussaient. Ils ont fini par déménager.
C'est sûr qu'on est plus forts à plusieurs, mais pas forcément plus intelligents, comme on le voit souvent dans la vie de tous les jours, ou, des fois, quand un certain parti politique se choisit un chef, ou encore quand un certain peuple se choisit un président. Je suis en train de réfléchir à ça et on s'en reparlera certainement.
Parmi tous ces oiseaux, il en est un qui passe la nuit à chanter une sorte de plainte lugubre qui me dérange un peu les soirs d'insomnie. Je sors de temps à autres pour essayer de l'identifier. Chaque fois notre gardien de nuit, Crecencio, c'est comme ça qu'il s'appelle, accourt pour bien me montrer qu'il est bien réveillé. Naturellement, chaque fois que je me lève ainsi, l'oiseau arrête de chanter, comme s'il avait deviné mes mauvaises intentions. Alors, tant pis pour l'identification, j'ai donné le mandat à Crecencio et à Charlatane de régler le cas. Pour le moment, c'est deux à zéro pour Charlatane. Deux beaux quiscales qu'elle a pris bien soin de m'apporter dans mon lit. Après le premier, j'ai fermé la porte de ma chambre, elle est rentrée en passant à travers le moustiquaire pour m'apporter le deuxième. Il va falloir que j'aie une bonne conversation avec elle pour affiner sa compréhension des mandats que je lui donne. Si elle me propose de référer le dossier à un comité, je la déshérite.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo Pierre !

J'ai bien hâte de lire les futures descriptions des oiseaux. Il faudra mettre des photos de ces oiseaux sur le site..

Anonyme a dit…

Youppi, le grand poète est de retour !! Moi j'essaie de passer des journées pour en avoir plus à lire à la fois !! :-) !!! Les photos sont aussi bien appréciées !
Bonjour là !!

Anonyme a dit…

Bonjour Pierre,

À Montréal, ce sont les merles qui sont arrivés depuis deux semaines et quelques bruants (autrefois appelés pinsons) ce n'est pas très exotique mais leur chant prouve que le printemps ne nous a pas oublié cette année !

Carole