mardi 9 janvier 2007

Hasta la vista Veracruz


Veracruz, 8 janvier


Le vent a soufflé toute la journée. Ça a commencé hier, autour de midi. C’est le 30ème front froid à sévir dans la région. Je l’ai vu dans le journal; dans le titre de l’article plutôt, parce que dans le corps, ils parlaient du 20ème, et nulle part ils ne disaient depuis quand le décompte est commencé. Alors, on a mis une petite laine; tout le monde a mis une petite laine, j’ai même vu des madames avec d’opulents chandails à col roulé à paillettes, comme si ce front froid était l’occasion que tous attendaient pour sortir leur beau linge rare, celui qu’on met pour les grandes occasions. Pour un peu, ils auraient sorti les visons! Ils n’ont pas osé, ou alors ils n’en ont pas. Il fait 25 degrés quand même, ce soir 20 heures. J’ai dîné de bonne heure, demain je vais essayer de donner un grand coup, si les conditions le permettent.
J’ai pris mon dernier repas sur le Zocalo de Veracruz; une paella. En m’asseyant une table à l’abri de ce vent harassant (sur la terrasse quand même!), j’ai demandé au serveur combien de temps ça prendrait; 35 mn me dit-il. Grimace de ma part. Oh vous savez, c’est pas des grosses minutes, et des fois ça en prend seulement 28 ou 30, dépendant du chef... Bon, dans ces conditions, je me fais une raison; pour patienter, je commande un verre de vin rouge et des olives. Je reçois 2 verres de rouge (c’est le happy hour) et le pot d’olives au complet.
Ce matin, j’étais, comme d’habitude allais-je dire, tant il m’est facile de m’installer dans ce genre de vie, j’étais au Gran Café Del Portal où je suis allé tous les matins pour déjeuner en lisant le journal. C’est une grande brasserie où l’on peut manger de 7 heures à minuit. Pas de vin, de la bière et surtout le café "lechero" C’est un grand café au lait servi dans un verre épais par un garçon spécialisé; il se promène parmi les tables avec deux bouilloires, l’une de lait chaud, et l’autre avec un espèce de sirop de café concentré. On l’appelle en faisant tinter a cuillère sur notre verre; comme tout le monde le fait, ça fait un joli concert. Il nous verse 1 pouce de sirop de café et verse ensuite le lait de très haut, ce qui le fait mousser. J’en ai redemandé, pour le plaisir de faire tinter mon verre et pour assurer ma ration mensuelle de calcium.
C’est comme ça que j’ai passé mes trois jours Veracruz. Je n’ai pas pris beaucoup de photos, pas par manque de sujets, ils sont nombreux, mais parce que le bonheur béat est dur à photographier...

Je me sens bien dans ce pays et sous ces latitudes; j'aime cette nonchalance, affectée ou réelle, des gens du sud, de tous les sud. La seule gène que j'éprouve, c'est le regard d'envie qu'ils me portent; pour eux, je reste l'homme du nord, ce gringo tellement riche qu'il fait de l'éthanol avec le maïs. Eux ils font des galettes, des tortillas qui constituent la base de leur alimentation. Des millions de familles mexicaines et centr'américaines dépendent du maïs pour se nourrir. Grâce à nos percées technologiques pour limiter notre dépendance au pétrole et soi-disant limiter la pollution, le prix du maïs augmente dans des proportions insoutenables pour ces familles. J'aimerais, des fois, que le discours écologiste intègre un peu mieux les préoccupations sociales, et qu'il soit moins égoïste. Tiens, pour la peine, je décide de boycotter l'éthanol.
Je pars demain, mais vous lirez probablement ces lignes quand je serai arrivé, je ne sais encore où. Je vais aller le plus loin possible pour me rapprocher du Guatemala, ce qui veut dire que je vais probablement coucher au Chiapas. C’est une zone turbulente en lutte contre le pouvoir central qu’ils accusent de les maintenir dans la pauvreté. L’armée y est omniprésente dans l’espoir d’éviter la réédition de l’occupation de la ville de San Cristobal De Las Casas par les rebelles du sous-commandant Marcos. La région est très belle dit-on, mais je ne la visiterai pas, plus de temps.... Je verrai au retour. Je vais quand même la traverser ce qui me permettra de faire du repérage.
J’espère fort avoir accès à internet, mais les chances s’amenuisent mesure que je m’enfonce dans le sud et dans la pauvreté. On verra.
PS. Je publie ce message après celui, à chaud, sur mon arrivée au Chiapas. Pas parce que je le trouve bon, mais parce que je l'ai écrit.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Peter ,tu ne vas pas encore nous faire une révolution parce que dans un futur rapproché nous allons nous servir de l'éthananol à la place de l'essence ...veux tu te relaxer le ponpon et penser au travail qui t'attend au Nicaragua mais entre nous ,peut être devrais tu en parler al presidente Daniel Ortega au sujet de notre génératrice !!
Je t'adore
Quidate Hombre
jpo