Honduras
La photo n'a pas rapport avec le titre; C'est une partie des boutiques qui encerclent le "camp de réfugiés" de la basilique de Esquipulas.
Je suis rendu à San Pedro Sula, Honduras. Je ne vous en parlerai pas, le seul intérêt que cette ville représente pour moi aujourd'hui, c'est qu'elle se trouve à seulement 250 Km de Tegucigalpa, ma prochaine et avant dernière étape avant Managua. J'ai bien cru pourtant que je pourrais éviter cette étape, mais la bureaucratie et la route horrible ont eu raison de moi.
Pourtant, tout c'est passé pour le mieux, et c'est ça qui est terrible! La bureaucratie des pays d'Amérique centrale est proprement hallucinante. Faut que je vous raconte en détail, au risque de vous ennuyer.
D'abord, pour sortir du Guatemala, il faut passer aux douanes; c'est comme ça. Il faut un tampon de sortie du pays dans notre passeport. C'est gratuit et obligatoire pour entrer au Honduras. On arrive à la frontière en traversant un espèce de village qui s'est bâti de façon anarchique sur le bord de la route. Une sorte de village western constitué de boutiques de toutes sortes et de bureaux officiels ou non. On avance avec difficultés à travers un amoncellement de voitures et de camions stationnés n'importe comment, et, tout d'un coup, on tombe sur une barrière qui bloque la route. Il y a un gars armé en uniforme débraillé assis ou plutôt renversé sur sa chaise accotée sur une guérite déglinguée, qui me fait signe d'aller me stationner sur le côté. J'obéis et vais le voir. Il faut 2 photocopies du permis d'importation temporaire de la voiture, vous pouvez les obtenir là, me dit-il. Deux Quetzal à la madame et je retourne à la barrière. Elle s'ouvre et j'avance d'une case. Bureau des douanes pour avoir l'étampe dans mon passeport, petit interrogatoire de routine est c'est fini. Non, il faut aller au bureau à côté faire les papiers de sortie du véhicule et fournir 1 photocopie; chouette, j'en ai 2. La 2ème, c'est pour le souvenir. La fonctionnaire fait ses devoirs, claviotte sur son ordinateur, me pose quelques questions, sort vérifier que ma voiture existe, rentre, finit ses papiers et me donne congé. Goodbye Guatemala, bonjour Honduras. Là, je suis accueilli par 5 ou 6 gars qui me font signe et m'aident à stationner. Ils m'offrent tous leurs services pour me conduire dans les arcanes de l'immigration hondurienne. Je les arrête:"Vous ne croyez pas que je suis assez vieux pour le faire tout seul?" Si, si me répond le plus grand, celui qui a une casquette rouge. Son air narquois m'alerte; je l'engage. Combien? 20$; on règle pour 10 et c'est reparti! D'abord du change; j'échange mes Quetzal contre des Lempiras; pas le choix alors pas de négociation, j'en aurai bien besoin. Ensuite immigration. Personne! Mon caddy va chercher le douanier qui s'excuse, étampe mon passeport, me demande 52 Lempiras (c'est 18 Lempiras pour 1$) je lui tends un billet de 100 et il le laisse sur le comptoir pendant qu'il répond à sa blonde en s'excusant auprès d'elle de n'avoir pas fait ce qu'il lui avait promis de faire. Il revient à moi, me parle de la pluie, du beau temps et du Canada, très sympa! Bon me dit-il, qu'est-ce qu'on fait avec le change? Et bien, tu le gardes lui réponds-je. Gagné! c'était la bonne réponse. Il inscrit 90 jours dans l'espace approprié de mon visa! Mon caddy est totalement fier de moi. Maintenant que nous avons un visa, faut des photocopies. Ça tombe bien, il y a un magasin pas loin qui en fait. Les papiers pour la voiture maintenant. La rareté de mon cas jette l'émoi dans le bureau, un canadien! Pour la peine, ils me font rentrer derrière le comptoir d'où je regarde, un peu géné, les clients ordinaires qui attendent derrière la vitre. Mon caddy a bien travaillé; il avait réuni tous les renseignements, incluant le numéro de série du moteur! Encore un lot de photocopies et voilà. Ah oui, c'est 70$. J'essaye de négocier, rien à faire, ils sont tous contre moi. Je paye et c'est fini; tout le monde est heureux de ce happy-end. On se serre chaleureusement les mains, je donne 12 dollars à mon ange gardien et je reparts.... pas loin jusqu'à une autre barrière! Et on repart pour un tour! Passeport, d'où venez-vous, où allez-vous, vous n'avez pas de licence en avant, etc. Au moment où je mets la main à la poche pour re-contribuer au bonnes oeuvres de la douane, il me rend mes papiers avec un beau sourire et un joyeux "welcome in Honduras!" Gratos; j'en suis pas encore revenu.
Il fait 32°C. La route est belle et on dirait que les montagnes sont encore plus hautes et escarpées que la veille; je suis euphorique suite à cet heureux passage de frontière. Pour la peine, je mets de la musique, le hot-seven d'Amstrong. Tegucigalpa, here I come! Tout à coup, au détour d'un virage, une autre barrière, et une autre race d'uniformes. On recommence. Vous n'avez pas de licence en avant? D'où venez-vous, qu'est-ce que cette boite dans la voiture? Stationnez-vous ici. Un civil armé se joint à nous, le ton monte un peu. Tout d'un coup, j'avise le badge brodé au bras de l'uniforme: "El Salvador!"Tout s'éclaire. Dans mon euphorie, j'ai raté un embranchement, et je suis entré au Salvador. On s'explique, on se réconcilie, je leur donne le reste de mon paquet de cigarettes et demi-tour. Je ne serai pas à Tegucigalpa ce soir. Manana!
J'espère que je ne vous ennuie pas, parce que c'est pas fini...
La route que j'ai suivie est parsemée de barrages de police; ce sont des barrages filtrants, et ils arrêtent une voiture de temps à autres. J'y ai eu droit deux fois. Le premier s'approche de ma fenêtre et me lance:"vous savez que fumer est dangereux pour la santé?" Je crois rêver! Il m'informe qu'en vertu de la loi constitutionnelle du 1er janvier 2006, il est interdit de fumer en conduisant! S'ensuit un dialogue surréaliste que je vous raconterai un jour; je suis tanné de casquer, et j'ai décidé que les oeuvres sociales de la police se passeraient de ma contribution pour cette fois. À la fin, je lui ai proposé de venir avec moi au poste de police pour demander à son chef de confirmer, il a changé de sujet de conversation pour parler de mon camion....
Quant au 2ème, c'est dans un autre registre; un barrage de l'armée pour permettre à des collecteurs de fonds de taxer les automobilistes pour venir en aide à leur coach de football, hospitalisé suite à un accident grave! 5 Lempiras pour une cause noble, et l'impression tenace que je ne resterai pas longtemps au Honduras!
Ceci dit, je ne veux pas vous lasser sur une mauvaise impression; j'ai trouvé tout ça plutôt comique; on peut sortir des bananes d'une république, mais on peut aussi sortir d'une république de bananes! Aujourd'hui, d'ailleurs, c'était plutôt des ananas.
Demain Tegucigalpa, après Choluteca et après Managua, à la maison!

1 commentaire:
Pierre, tu as toute mon admiration! On croirait lire les Aventures de Marinix en Amérix!
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